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MARCHE DES MÉDIAS EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Les journalistes de Tanzanie sont descendus dans la rue à Dar es Salaam la semaine dernière pour protester contre la suspension, pour trois mois, d'un journal qui mettait au jour des affaires de corruption au sein de l'appareil d'État. Selon l'Institut des médias d'Afrique australe (Media Institute of Southern Africa, MISA), c'était la première fois dans toute l'histoire de la Tanzanie que des journalistes défilaient dans les rues contre le gouvernement, accusant celui-ci de tenter d'étouffer la liberté des médias dans le pays.

Les rédacteurs et les reporters de divers groupes de médias ont organisé cette protestation le 28 octobre pour dénoncer la suspension de trois mois que le gouvernement a imposée récemment à l'hebdomadaire « MwanaHALISI », parce qu'il aurait publié du matériel de nature séditieuse, rapportent le MISA et l'Institut des médias (Media Institute) du Kenya.

Les reporters portaient du ruban adhésif sur la bouche en signe de bâillon et tenaient des affiches dénonçant l'« irrespect de l'État pour la liberté des médias ». Ils se sont rendus au siège du ministère de l'Information, de la Culture et des Sports - le ministère qui a annoncé la suspension le 13 octobre - pour déposer une pétition exigeant que le gouvernement annule cette décision.

Les membres de l'IFEX condamnent eux aussi cette suspension. « Il est complètement inacceptable de fermer un journal parce qu'il publie des nouvelles d'intérêt public. Nous invitons les autorités tanzaniennes à annuler immédiatement la suspension, et à s'abstenir d'intenter des poursuites judiciaires contre le journal et ses employés », a indiqué pour sa part l'Institut international de la presse (IIP).

« La suspension constitue pour le journal un arrêt de mort parce qu'elle lui fera perdre des recettes et bouleversera la vie de tous ceux qui y travaillent; des dizaines de familles des travailleurs du journal seront touchées », a déclaré le MISA-Tanzanie.

Selon le reportage, publié dans le numéro du 8 au 14 octobre du journal, de hauts dignitaires du gouvernement complotaient en vue de déposer le président Jakaya Kikwete à l'élection de 2010. L'article disait que l'ancien premier ministre Edward Lowasa et un des fils du président, Ridhwani, étaient impliqués dans le complot qui visait à assurer que Kikwete devienne le premier président de la Tanzanie à n'exercer qu'un seul mandat.

Quelques jours à peine après la publication du reportage, le ministre de l'Information, de la Culture et des Sports, George Mkuchika, annonçait la suspension, pendant trois mois, du tabloïd parce qu'il avait publié de manière répétée des reportages « séditieux ». Il a ajouté que la suspension visait à transmettre un signal très clair aux autres journaux qui, sous prétexte d'exercer leur droit à la liberté d'expression, pourraient nourrir des intentions similaires de violer l'« éthique journalistique ».

La police a détenu et interrogé Saed Kubenea, directeur et rédacteur en chef du journal et auteur du reportage, pendant plusieurs heures, et l'a inculpé, lui et le directeur de la publication, Jabir Idrissa, de sédition.

En réponse, les journalistes, les rédacteurs et les associations de médias de Tanzanie ont résolu de boycotter la publication de toutes les nouvelles concernant Mkuchika.

Par ailleurs, certains hauts responsables du parti au pouvoir menacent d'entamer des poursuites en diffamation contre « MwanaHALISI », et réclament des milliards de shillings en réparations.

Lancé au milieu de l'année 2006, « MwanaHALISI » est confronté à un « régime de harcèlement » à cause de ses articles d'enquête, dit le MISA. La publication a subi, à de multiples reprises, les menaces du département de l'Information, une subdivision du Ministère de l'Information, de la Culture et des Sports. En janvier, Kubenea et son collègue Ndimara Tegambwage ont été agressés et tabassés, dans les bureaux du journal, par trois assaillants armés de machettes. Les deux journalistes ont été défigurés après que les assaillants leur eurent jeté de l'acide au visage. Les agressions ont été suivies d'incidences de harcèlement lors desquels la police a fouillé les bureaux du journal et le domicile de Kubenea, en juillet 2008.

Alors que l'emprisonnement et le harcèlement des journalistes sont fréquents dans les États membres de la Communauté de l'Afrique de l'Est - Kenya, Ouganda, Rwanda et Burundi - la suspension des journaux l'est moins, et jamais pour une aussi longue période, trois mois, fait remarquer un éditorial du journal kenyan « Daily Nation ».

Consulter les sites suivants :
- MISA, à propos de la marche : http://tinyurl.com/5sozbd
- Le MISA condamne la suspension : http://tinyurl.com/57vy6r
- MI : http://www.eastafricapress.net
- IIP : http://tinyurl.com/543f3n
- Blogue du Comité mondial pour la liberté de la presse (WPFC) sur la suspension : http://tinyurl.com/6lcns9
- Page de l'IFEX sur la Tanzanie : http://tinyurl.com/6c8qwf
- « Daily Nation » : http://tinyurl.com/55jeuq
(Photo : Les journalistes marchent contre la suspension du journal « MwanaHALISI » le 28 octobre à Dar es Salaam. Photo courtoisie du Media Institute)

(5 novembre 2008)

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