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L'OLPEC célèbre la Journée internationale de la liberté de la presse dans un contexte de détérioration générale de la liberté d'expression

(OLPEC/IFEX) - Ci-dessous, un communiqué de presse de l'OLPEC, daté du 3 mai 2008:

Journée mondiale de la liberté de presse
Tunisie: paysage médiatique toujours sinistré

L'OLPEC célèbre la journée internationale de la liberté de la presse dans un contexte de détérioration générale de la liberté d'expression en Tunisie.

Malgré une rhétorique abondante développée par les autorités publiques en faveur de la liberté d'expression, celle-ci est sévèrement contrôlée et la censure n'a jamais été autant pratiquée.
Bien que cette liberté soit garantie par la constitution tunisienne, les autorités publiques n'ont de cesse de la violer en détournant la loi et en la vidant de son contenu. En voici les principales caractéristiques:

- Le journaliste Slim Boukhdhir croupit en prison depuis novembre 2007 pour avoir refusé de présenter sa carte d'identité et prétendument insulté un policier. En réalité, il est en train de payer le prix de ses articles sur la corruption. D'autres journalistes ont été contraints à l'exil suite aux persécutions judiciaires.

- Les journalistes des médias officiels continuent de subir une censure sévère qui les empêchent d'exercer leur métier conformément aux normes professionnelles; cette situation a conduit les journalistes du journal gouvernemental, La Presse, à publier au mois de mars dernier, un rapport collectif sur la dérive de la censure au sein de cet organe, et qui touche tous les sujets, y compris ceux qui ne représentent aucun enjeu intérieur.

- La liberté de publier des médias indépendants continue d'être confisquée; Depuis plus de 20 ans, aucun nouveau média indépendant n'a été autorisé à voir le jour. A titre d'exemple, l'équipe de Kalima, accompagnée de l'avocat Mohamed Abbou, a présenté le 26 avril dernier un dossier de déclaration au ministère de l'Intérieur; et pour la cinquième fois consécutive depuis 1999, l'administration s'est abstenue de réceptionner le dossier, empêchant ainsi le journal de disposer du récépissé qui lui permet de publier le journal et de le distribuer sur le marché.

- Malgré l'abrogation de la formalité du dépôt légal qui était auparavant détournée pour faire office de censure préalable, les journaux d'opposition, comme Mouatinoun et El mawkif, continuent de subir un sévère étranglement financier; ils n'ont pas accès aux financements publics accordés aux journaux, ils sont privés de la publicité publique et les annonceurs privés s'abstiennent de leur donner leurs annonces par crainte des représailles; leur diffusion est handicapée par une série de mesures pernicieuses visant à freiner leur distribution et parfois les numéros sont retirés des kiosques sans fondement légal. Cette situation a conduit deux dirigeants du journal Al Mawkif, Rachid Khechana et Mongi Ellouz, à entamer une grève de la faim depuis le 26 avril dernier afin de protester contre ces harcèlements qui ciblent leur journal.

- En contre partie, de nombreux journaux privés dirigés par les services spéciaux, comme Al Hadeth, Assarih, Achourouq ou L'Observateur continuent de polluer le paysage médiatique en s'illustrant par la désinformation et les attaques contre les défenseurs de droits humains et les opposant, attentant à leur honneur et les diffamant en toute impunité. Pire encore, deux parmi ceux qui dirigent ces feuilles de choux, les désinformateurs attitrés, A. Jeridi et A. Sghaier, se sont vus attribuer deux nouveaux titres, en guise de récompense.

- Le paysage audio visuel continue à être monopolisé par le pouvoir et ce que l'on nomme médias privés ne sont qu'une manifestation de la privatisation de l'État; ces radios et chaînes de TV privés sont accordés à des proches des cercles du pouvoir selon des critères d'allégeance et les licences sont accordés dans l'opacité la plus grande, en dehors du cadre réglementaire et ces médias privés servent de faire valoir pour un faux pluralisme.

- Internet continue à être sous haute surveillance et le filtrage est systématique. De nombreux sites d'information tunisiens comme tunisnews, kalimatunisie, tunisia watch, pdpinfo, fdtl.org ou alhiwar.net, continuent à être bloqués; Tout comme les sites des ONG de droits humains (IFEX, FIDH, OMCT, RSF, Amnesty international. . . etc.). Ces derniers temps, de nouvelles techniques encore plus sophistiquées sont venues renforcer le dispositif de contrôle de la messagerie électronique tandis que des pop-up pornographiques attaquent les boites des défenseurs et des journalistes indépendants. Leurs connexions Internet sont parfois carrément coupées par l'opérateur public Tunisie Télécom, malgré le fait qu'ils s'acquittent de leurs redevances.

Face à cette situation, l'OLPEC propose les recommandations suivantes pour sauver ce secteur sinistré :

1. Libération du journaliste Slim Boukhdhir et arrêt des poursuites contre Mohamed Fourati et tous les journalistes poursuivis injustement dans le cadre de l'exercice de leur profession.

2. Supprimer les peines corporelles pour les délits de presse et expurger le code de la presse et le code pénal des dispositions qui restreignent la liberté de la presse et d'expression, conformément à l'article 19 du Pacte relatif aux droits civils et politiques.

3. Garantir à tous les journalistes l'accès à l'information publique sans restriction et assurer la protection de leurs sources.

4. Lever les restrictions administratives arbitraires pour la publication des médias indépendants en considérant la preuve du simple envoi par la poste de la déclaration de publication comme suffisante pour l'inscription au journal officiel.

5. Garantir un pluralisme réel des médias écrits en conférant les mêmes droits à toutes les publications qu'elles soient proches du pouvoir ou de l'opposition, notamment concernant l'accès à la publicité et aux subventions publiques ainsi que pour leur diffusion.

6. Garantir un réel pluralisme des médias audiovisuels en édictant un cadre légal transparent pour l'attribution des licences dans l'audio visuel.

7. Dissoudre l'agence tunisienne de communication extérieure (ATCE), cet organisme de propagande d'un autre âge, en mettant fin ainsi à sa nuisance à l'image et à l'économie du pays.

8. Garantir à tous les citoyens et notamment aux journalistes et aux défenseurs l'accès à la justice, qui a le devoir de donner suite aux plaintes qu'ils déposent.

9. Assurer aux médias publics écrits ou audiovisuels les conditions nécessaires pour qu'ils jouent véritablement leur rôle de service public et lever toute forme de censure à laquelle sont soumis les journalistes.

10. Lever toute forme de contrôle sur la messagerie électronique et toute censure illégitime sur Internet et notamment le blocage des sites d'information et des blogs par la cyberpolice.

Pour l'OLPEC
La secrétaire générale
Sihem Bensedrine

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