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UNE STATION DE RADIO INDÉPENDANTE ASSIÉGÉE

La semaine dernière, des policiers tunisiens en civil ont encerclé les locaux d'une station de radio par satellite qui venait tout juste d'être inaugurée et ont procédé à une descente au cours de laquelle ils ont détenu un des journalistes, dernier affront en date au journalisme indépendant dans le pays, rapportent le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG) et des membres de l'IFEX.

Le 27 janvier, le coordonnateur de « Radio Kalima », Dhafer Otay, a été enlevé par des policiers en civil à l'extérieur des locaux de la station à Tunis. Il a été relâché six heures plus tard sans être accusé de quoi que ce soit, mais on l'a menacé d'arrestation s'il continuait à travailler au projet de radio.

L'affrontement dans les locaux, qui abritent également deux groupes de défense des droits de la personne, l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), qui est membre de l'IFEX, et le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), s'est intensifié le lendemain lorsque la présence policière est devenue plus intense.

Des dizaines de policiers ont fait obstacle à ceux qui tentaient d'entrer dans l'immeuble, dont l'avocat bien connu Mohamed Abbou et le journaliste Slim Boukhdhir. Un militant, Makhlouf Zouhayr, qui s'était présenté pour exprimer sa solidarité avec le personnel de Kalima, a été gravement tabassé par la police, tandis qu'Omar Mestiri, rédacteur en chef intérimaire de Kalima (la publication en ligne), a été agressé lorsqu'il a tenté de les arrêter.

Certains reporters et collaborateurs de Kalima ont passé la nuit dans l'immeuble, craignant de ne plus pouvoir poursuivre la radiodiffusion s'ils sortaient.

Puis, le 30 janvier, la police, accompagnée du procureur adjoint de Tunisie, a procédé à une descente dans les studios de Kalima, saisissant de l'équipement, forçant les employés à sortir et scellant l'immeuble. La police aurait également encerclé les domiciles de deux reporters féminins de Kalima, les menaçant et les insultant. Un journaliste de Radio Kalima, Hatam Boukesra, a été arrêté et détenu pendant huit heures, rapporte l'Observatoire de la protection des défenseurs des droits de la personne, un programme conjoint de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

Mestiri, qui tentait le 1er février de se rendre en Europe, s'est fait confisquer son passeport et sa carte d'embarquement, qui ne lui ont été rendus qu'après le décollage de son avion.

À l'heure actuelle, les locaux de Kalima restent scellés et encerclés par la police.

Radio Kalima a été lancée par la même équipe qui dirige le site de nouvelles en ligne Kalima, bloqué localement. La station a entrepris de diffuser par satellite au début de la semaine dernière, en plus de sa programmation radio qui n'était jusque-là disponible que sur le web. Sihem Bensedrine, championne dévouée de la libre expression et rédactrice de Kalima, a déclaré à l'Institut international de la presse (IIP) qu'elle était convaincue que c'était le lancement de la radio par satellite qui avait suscité l'assaut de la police.

« Il s'agit de toute évidence d'un moyen de faire taire cette radio, a dit Bensedrine... Ils (les autorités) peuvent tout contrôler sur terre. Ils ne peuvent contrôler le ciel, et c'est pour cela qu'ils réagissent comme cela. Nous allons continuer à radiodiffuser par satellite, même après ce qui est arrivé aujourd'hui, et Radio Kalima ne sera jamais réduite au silence. »

Abbou, qui a passé plus de deux ans en prison pour avoir dénoncé le recours croissant à la torture depuis que le président Zine El-Abidine Ben Ali s'est emparé du pouvoir en 1987, a déclaré au Comité pour la protection des journalistes (CPJ) que l'enlèvement d'Otay et le raid n'avaient aucune assise juridique. « Cela nous rappelle encore une fois qu'il n'y a aucune tolérance à l'égard du journalisme indépendant dans le pays », a-t-il ajouté.

La section européenne de l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC) demande à l'UE de cesser tout commerce avec la Tunisie. « Nous condamnons fermement les méthodes dictatoriales instaurées par le gouvernement tunisien, et nous demandons à l'UE de bloquer immédiatement toutes ses relations commerciales avec la Tunisie, tant que ne seront pas garantis les droits fondamentaux de la personne », indique Mariano Sanchez, président de l'AMARC-Europe.

Le TMG attire l'attention internationale sur le siège de Kalima et exige que les autorités mettent fin au harcèlement des employés de Kalima. « Ces événements constituent le dernier d'une longue suite d'affronts et de violations du droit à une presse libre en Tunisie », déclare le président du TMG, Rohan Jayasekera. « Les journalistes et les défenseurs des droits de la personne sont fréquemment victimes de harcèlement, de violence arbitraire et de censure. »

Consulter les sites suivants :
- TMG : http://campaigns.ifex.org/tmg/fr/
- Déclaration du TMG : http://tinyurl.com/cnpm2w
- Page de l'IFEX sur la Tunisie : http://tinyurl.com/c5me4r
- Observatoire : http://tinyurl.com/djk367
(Photo : Sihem Bensedrine, de Kalima. Photo courtoisie de PDP)

(4 février 2009)

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