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Campagne de diffamation contre Al-Jazirah; un journaliste est passé à tabac

Le gouvernement tunisien vient d'entamer une campagne de diffamation contre la chaîne Al-Jazirah, basée au Qatar, dans le cadre de sa stratégie permanente pour faire taire la dissidence et assurer un cinquième mandat au président Zine El Abidine Ben Ali à l'élection d'octobre, rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Ce n'est là qu'une des nombreuses violations récentes rapportées par des membres de l'IFEX.

Les médias contrôlés par l'État salissent Al-Jazirah depuis juillet, soit depuis que la chaîne a couvert une conférence à Genève sur le droit des dissidents tunisiens en exil de rentrer chez eux, et qu'elle a diffusé des entrevues de critiques éminents de Ben Ali, ont déclaré des journalistes au CPJ. Plus tôt, l'État tunisien avait réagi à la couverture critique d'Al-Jazirah en fermant pendant des mois en 2006 son ambassade au Qatar et en refusant l'accréditation à Lotfi Hajji, le correspondant d'Al-Jazirah à Tunis.

L'État tunisien a instauré une culture de peur; il tente de contrôler Al-Jazirah « comme s'il s'agissait d'un média tunisien assiégé », a déclaré au CPJ un journaliste local.

Les correspondants d'Al-Jazirah ont déclaré au CPJ que les Tunisiens avec lesquels ils entraient en contact pour des reportages soit n'étaient pas disponibles pour des entrevues, soit refusaient tout simplement de s'exprimer publiquement.

L'ancien rédacteur du journal « Alternatives », interdit, et porte-parole du Parti communiste des travailleurs tunisiens, Hamma Hammami, était cependant disposé à parler à Al-Jazirah; pendant un séjour à Paris, il a critiqué le bilan de l'État en matière de droits de la personne. D'après le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) et Reporters sans frontières (RSF), il a été passé à tabac par la police à son retour en Tunisie. Sa femme, Radhia Nasraoui, avocate et militante des droits de la personne, a déclaré à RSF avoir trouvé Hammami à l'aéroport « la bouche en sang, ses verres brisés, des ecchymoses et des contusions au visage, entouré d'une vingtaine de policiers qui continuaient à le frapper ».

« Kull En-nass », un hebdomadaire privé proche du ministère tunisien de l'Intérieur, a insulté la famille régnante du Qatar, qui a fondé Al-Jazirah, affirmant que ses dirigeants et ses journalistes « vivent dans un monde interlope d'impudence, de prostitution et de sexe » et qu'ils « plient sous l'influence » des États-Unis et d'Israël, dit le CPJ.

La liberté de la presse en Tunisie est fortement restreinte, et les journalistes indépendants sont harcelés sans relâche. C'est pourquoi le CPJ honore Naziha Réjiba en lui décernant son Prix International 2009 de la Liberté de la presse. Elle est l'une des journalistes les plus critiques de Tunisie, et rédactrice en chef du journal indépendant de nouvelles en ligne « Kalima », qui est bloqué en Tunisie.

Réjiba, aussi connue sous le pseudonyme de Um Ziad, fait l'objet de mesures d'intimidation et de harcèlement depuis novembre 1987, soit depuis que Ben Ali est arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État. Son domicile et ses lignes téléphoniques sont surveillés; elle est régulièrement convoquée pour interrogatoire. Réjiba est la cofondatrice de Kalima, qu'elle a mis sur pied en 2000 avec la collaboration de l'éminente journaliste Sihem Bensedrine, qui fait elle aussi l'objet d'une étroite surveillance gouvernementale. Un an plus tard, les deux journalistes ont fondé l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'édition et de la création (OLPEC), qui se porte à la défense de la liberté de la presse. « Kalima » et l'OLPEC sont tous deux interdits en Tunisie.

Les forces de l'État continuent d'intimider les journalistes afin de contrôler les élections qui se dérouleront à la fin du mois. Selon l'OLPEC, Nejiba Hamrouni, trésorière du bureau élu démocratiquement du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a été interrogée récemment pour la troisième fois en une semaine par des agents de l'État au sujet de la gestion du budget du SNJT. L'État s'est emparé du syndicat en août et y a installé un bureau favorable au gouvernement, rapporte l'OLPEC. Le président du SNJT, Neji Bgouri, a également été interrogé.

Hamrouni et Bghouri ont assisté cette semaine à la rencontre régionale de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) à Amman, où les membres de la FIJ sont en faveur d'« appels à l'abrogation des lois qui visent les journalistes, à l'action en faveur des droits des femmes et à une protection accrue des médias indépendants ».

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