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La victoire est garantie; l'opposition est matraquée et la dissidence écrasée

Le président Ben Ali de la Tunisie a été réélu pour un cinquième mandat après avoir terrassé son opposition et écrasé la dissidence
Le président Ben Ali de la Tunisie a été réélu pour un cinquième mandat après avoir terrassé son opposition et écrasé la dissidence

via PDP

Après avoir réduit son opposition, fait taire la dissidence et réprimé toute couverture médiatique indépendante, le président de la Tunisie, Zine El-Abidine Ben Ali, a été réélu pour un cinquième mandat le 25 octobre, selon ce que rapporte le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arab Network for Human Rights, ANHRI) et d'autres membres de l'IFEX.

Des modifications à la constitution et à la loi sur les élections ont paralysé l'opposition à Ben Ali, rapportent Index on Censorship et Human Rights Watch. Une nouvelle disposition, stipulant que les candidats à la présidence doivent avoir agi pendant deux ans comme dirigeants élus d'un parti reconnu, a éliminé la majeure partie de l'opposition. Le parti de Ben Ali, le Rassemblement pour la Démocratie constitutionnelle (RDC), compte 3,8 millions de membres dans un pays de 5,2 millions d'électeurs, rapporte Index on Censorship. Le président a reçu presque 90 pour 100 des voix.

Certains candidats de l'opposition ont été disqualifiés arbitrairement; on a déchiré les affiches d'autres candidats ou on en a empêché la distribution, entre de nombreuses autres tactiques hostiles, rapportent les membres de l'IFEX.

Trois autres candidats étaient dans la course que Ben Ali était assuré d'emporter; deux de ces candidats sont considérés comme favorables au gouvernement, rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Human Rights Watch. Lors de débats télévisés pendant la campagne électorale, Ben Ali a eu le plus de temps d'antenne; il a soutenu qu'on lui avait donné davantage de temps non pas parce qu'il était candidat, mais parce qu'il était le président en exercice, rapportent Human Rights Watch et Reporters sans frontières (RSF).

RSF s'est rendu en Tunisie du 12 au 15 octobre afin de jauger la liberté de la presse pendant la campagne électorale. La télévision, la radio et la presse écrite appartenant à l'État et favorables au gouvernement débordaient d'éloges pour Ben Ali, sans aucune mention des candidats de l'opposition, indique RSF. Les militants de l'opposition, les journalistes indépendants, les défenseurs des droits de la personne et de la démocratie sont sous étroite surveillance. « Les Tunisiens n'ont pas accès à des nouvelles et à une information équilibrées », conclut RSF.

L'État contrôle également l'accès des autres partis aux médias. « Al Tariq Al Jadid », le journal de l'ancien Parti communiste de Tunisie, connu maintenant sous le nom de « Ettajdid » (Le Renouveau), s'est fait confisquer tout son tirage sous un ridicule prétexte technique. En paraissant la veille du début officiel de la campagne électorale, le journal aurait contrevenu aux règles sur les médias, même s'il n'a pas été distribué, rapportent les membres de l'IFEX. Les journaux d'opposition se voient refuser tout financement public et toute recette publicitaire de sociétés publiques qui vivent sous l'influence de l'État, fait remarquer Amnistie Internationale, qui s'est rendue en Tunisie du 22 septembre au 4 octobre.

Depuis plusieurs mois, les médias alternatifs sont systématiquement mis en échec. En août, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a été investi illégalement par des journalistes favorables au gouvernement, tandis que des journalistes indépendants ont été agressés et jetés en prison pour avoir critiqué le bilan du régime tunisien au chapitre des droits de la personne, selon ce qu'indiquent des membres de l'IFEX. Le site web d'Al Jazirah est bloqué depuis le jour du scrutin, rapporte l'ANHRI.

On ne compte plus les histoires de journalistes que les forces de l'État ont empêchés de faire leur travail. D'après Index on Censorship, Hanane Belaifam a été empêchée d'entrer à son travail à Radio-Jeunes, à cause croit-on de son soutien déclaré à la direction légitime du SNTJ. Le reporter Zied El Heni d'« Asahafa » a été tabassé le 15 octobre et son blogue a été fermé.

D'après RSF, Zouheir Makhlouf, correspondant du site web « al-Sabil en ligne », a été arrêté le 15 octobre tandis qu'il couvrait les conditions de vie des résidents de Nabeul, au sud-est de Tunis. Il attend en prison son procès prévu pour le 3 novembre. Il a entrepris une grève de la faim le 22 octobre.

La police a empêché les journalistes Lotfi Hidouri et Sihem Bensedrine, fondatrice du magazine en ligne « Kalima Tunisie » et secrétaire générale de l'Observatoire pour la liberté de presse, d'édition et de création (OLPEC), de participer à un atelier organisé par l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) la semaine dernière, selon ce que rapportent le CPJ et Index on Censorship. Après la tenue de l'atelier, l'OLPEC, l'ATFD, le SNJT et d'autres ONG ont publié un rapport provisoire sur la surveillance des médias pendant les élections, qui relate en détail les pressions subies par les journalistes avant le scrutin, de même que d'autres restrictions à la liberté d'expression.

Les journalistes Bensedrine, Hidouri et Mouldi Zouabi, de Kalima, ont été détenus par la police pendant près de quatre heures la semaine dernière parce qu'ils avaient pris, sans l'autorisation de l'État, des photos de scènes de campagne dans la ville septentrionale de Tabarka, a déclaré Bensedrine au CPJ.

Le 20 octobre, Florence Beaugé, correspondante du journal « Le Monde », n'a pas été autorisée à entrer au pays et a dû retourner à Paris, rapportent le CPJ et d'autres membres de l'IFEX. Selon des sources gouvernementales citées par l'Agence France-Presse, on lui a refusé d'entrer en Tunisie parce qu'elle avait « toujours adopté une attitude malveillante à l'égard de la Tunisie et qu'elle adopte systématiquement des positions hostiles ».

Pour sa part, Taoufik Ben Brik, l'un des journalistes les plus critiques du pays, a déclaré au CPJ qu'il avait été agressé le 22 octobre par un policier en civil au moment où il se rendait chercher sa fille à l'école.

« La victoire du président Ben Ali à l'élection présidentielle en Tunisie marque clairement l'absence de démocratie, et la violation flagrante et continue des droits de la personne était tout à fait prévisible », dit l'ANHRI.

Observation de la couverture des élections législatives et présidentielles d’octobre 2009 en Tunisie

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