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Ben Ali parti, la lutte pour la libre expression continue

Le photographe français Lucas Dolega (troisième à partir de la droite) en mission en 2008. Il a succombé à des blessures à la tête subies pendant qu’il couvrait des manifestations de rue à Tunis
Le photographe français Lucas Dolega (troisième à partir de la droite) en mission en 2008. Il a succombé à des blessures à la tête subies pendant qu’il couvrait des manifestations de rue à Tunis

Reuters/Charles Platiau

Le départ du despote tunisien Zine El-Abidine Ben Ali - qui a entraîné la libération des blogueurs, activistes et journalistes emprisonnés, dont Fahem Boukadous - est autant une source de joie et de célébration que l'occasion d'une plus grande réforme en matière de libre expression, disent les membres du Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG de l'IFEX) et d'autres membres de l'IFEX.

Pendant 23 ans, le régime Ben Ali a mené contre la presse indépendante une campagne de tous les instants, lui refusant d'exister officiellement, saisissant ses publications et allant jusqu'à commettre des agressions physiques et à emprisonner les gens.

Sa chute a donc été suivie de la remise en liberté de tous les journalistes et blogueurs tunisiens emprisonnés, selon ce que rapportent le TMG de l'IFEX et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Les blogueurs Azyz Amamy et Slim Amamou, arrêtés le 7 janvier, ont été libérés le 13 janvier, peu après que Ben Ali eut prononcé son dernier discours à la nation - dernière tentative désespérée pour rester en poste. De la même manière, des sites web qui étaient bloqués en Tunisie depuis des années sont soudainement devenus accessibles.

Ensuite, Nizar Ben Hassan, correspondant de Radio Kalima détenu par les forces de sécurité depuis le 11 janvier dans la ville côtière de Chebba où il couvrait les manifestations de rue, a été relâché le 14 janvier.

Et encore aujourd'hui, Boukadous, correspondant de la station de télévision par satellite « Al-Hiwar al-Tunisi » et collaborateur au site web de nouvelles « Al-Badeel », a été libéré. Il était en prison depuis juillet dernier, condamné à quatre ans de réclusion après qu'un tribunal d'appel eut confirmé sa culpabilité pour la couverture des manifestations ouvrières de 2008 dans la région minière de Gafsa.

« Ma joie est indescriptible. En dépit de la répression et de la vie en prison et dans la clandestinité au cours des dernières années, je n'ai jamais cessé de croire que le peuple tunisien finirait par tourner une nouvelle page de la démocratie », a déclaré Boukadous au TMG de l'IFEX.

Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) rapporte que Lucas Mebrouk Dolega, un photographe français qui travaillait pour l'Agence European Press Photo (EPA), est mort à Tunis le 16 janvier d'une blessure à la tête subie lorsque la police - apparemment de manière délibérée - a tiré sur lui le 14 janvier une grenade de gaz lacrymogènes. D'après RSF, il est le premier journaliste étranger à perdre la vie en Tunisie.

Les dossiers officiels indiquent qu'au moins 78 personnes ont perdu la vie dans les troubles à travers le pays, mais les groupes de défense des droits dressent un bilan beaucoup plus élevé, comprenant notamment les homicides ciblés de manifestants.

Selon le CPJ, la question la plus importante pour les journalistes maintenant est l'insécurité dans les rues. « Les gangs ne font pas de différence entre journalistes et les autres. Nous ne pouvons pas travailler la nuit, à cause du couvre-feu », a déclaré au CPJ Soufiane Chourabi, reporter à l'hebdomadaire « Al-Tariq al-Jadid ».

Depuis la chute de Ben Ali, le Premier ministre Mohamed Ghannouchi - un fidèle allié de Ben Ali - a annoncé la formation d'un gouvernement d'unité nationale qui inclut, fait sans précédent, une poignée de membres de l'opposition. Mais les ministères clés restent toujours entre les mains de membres du parti de Ben Ali, dont le Président par intérim Fouad Mebazaa.

Le TMG de l'IFEX croit que sa campagne de longue haleine en faveur du droit à la libre expression prendra une signification encore plus grande à mesure qu'approchera le vote en vue de remplacer Ben Ali - dans une élection qui aurait lieu dans six mois environ - et au-delà.

Pour le moment, le TMG de l'IFEX invite les autorités tunisiennes à ouvrir à tous le processus d'enregistrement des médias et à faire enquête sur les attaques contre les journalistes, les avocats et les activistes des droits civils, et à en poursuivre les auteurs.

En particulier, le TMG de l'IFEX appuie les avocats indépendants et les juges qui contestent la politisation du système judiciaire - « l'arme principale de Ben Ali contre les journalistes indépendants - surtout si les tribunaux doivent avoir leur mot à dire dans les litiges futurs entourant le processus électoral », dit le TMG de l'IFEX.

« Le TMG de l'IFEX reconnaît que, tout comme le travail des défenseurs de la libre expression n'a pas pris fin avec la fin du régime du Président Zine El-Abidine Ben Ali, ce travail ne prendra pas fin non plus avec l'élection d'un candidat pour le remplacer », a ajouté le président du TMG de l'IFEX, Rohan Jayasekera. « Un grand nombre des pratiques restrictives à l'oeuvre en Tunisie sont encadrées par des lois en vigueur ou par des règles administratives. Les défenseurs tunisiens des droits vont devoir se battre vigoureusement pour faire changer ces lois et obtenir une libéralisation au cours de la prochaine année. »

Pour en savoir plus sur l'évolution de la situation, consulter les mises à jour régulières affichées sur la page de Facebook du TMG de l'IFEX, et suivre le TMG de l'IFEX sur Twitter @TunisiaMonitor.

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