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La liberté des médias remise en question après les premières élections qui ont suivi la révolution

Manoubia Bouazizi, mère de Mohamed Bouazizi, le Tunisien qui s'est immolé par le feu en signe de protestation, qui a inspiré le Printemps arabe, salue après avoir déposé son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote du district de Marsa
Manoubia Bouazizi, mère de Mohamed Bouazizi, le Tunisien qui s'est immolé par le feu en signe de protestation, qui a inspiré le Printemps arabe, salue après avoir déposé son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote du district de Marsa

REUTERS / Jamal Saidi

Quatre-vingt-dix pour cent des électeurs habilités à voter en Tunisie ayant participé le 23 octobre à une élection libre pour la première fois en 55 ans, les membres de l'IFEX demandent de nombreuses réformes politiques et l'engagement de cultiver cette grande soif de démocratie. De violentes attaques contre une station de télévision de Tunis au début du mois ont fait comprendre le besoin de sécurité, de réforme juridique et de campagnes d'éducation.

Après le décompte de plus de la moitié des voix, le parti islamiste modéré Ennahda a remporté environ 40 pour 100 des sièges, alors que près de 100 partis politiques sont dans la course. Ces élections, les premières dans la région depuis le commencement du Printemps arabe, semblent avoir été largement tenues de manière libre et équitable. L'assemblée constituante de 217 membres a pour mandat de rédiger une nouvelle constitution, d'agir en tant que gouvernement par intérim et de fixer la date d'élections parlementaires générales.

« Tous les éléments sont en place pour tenir un débat complexe qui mettra à l'épreuve les médias tunisiens et leur capacité à communiquer les travaux de la nouvelle assemblée », dit Rohan Jayasekera, de Index on Censorship, qui préside le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG de l'IFEX). « En dépit de solides efforts de l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (INRIC) instaurée après la révolution – l'évolution du paysage médiatique reste lente. »

En ce moment politique crucial, les organisations de la société civile qui ont participé en septembre à un atelier du TMG de l'IFEX en Tunisie ont recommandé des mesures afin de soutenir un paysage médiatique libre et pluraliste ainsi que le partage des informations en ligne. Parmi ces organisations, il y avait l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), le Centre de Tunis pour la liberté de la presse, l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et le Syndicat tunisien des radios libres (STRL). L'atelier était présidé par l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d'information (WAN-IFRA).

Le TMG de l'IFEX reconnaît « le dévouement exceptionnel des professionnels des médias, des groupes de la société civile et des organismes consultatifs à réformer le secteur des médias… après des décennies de répression et de difficultés. Leur ambition et la vision qu'ils ont défendue pour leur profession et pour la société ne peuvent plus être retenues en otages par ceux-là même dont le seul désir est de bloquer le processus de réforme en vue de protéger leur propre intérêt. »

Dans une déclaration conjointe, le TMG de l'IFEX a demandé que les 12 stations de radio et les cinq stations de télévision recommandées par l'INRIC soient autorisées à diffuser; que la nouvelle constitution enchâsse les libertés d'expression, d'information et de la presse; que le gouvernement soutienne la viabilité de nouveaux médias indépendants par des politiques fiscales et autres et que soient abolies les lois répressives de censure de l'Internet.

L'importance de mesures de protection des médias est apparue encore plus clairement après une violente attaque contre « Nessma TV », selon ce que rapportent les membres de l'IFEX. Le 9 octobre, plus de 300 manifestants en colère ont tenté de faire irruption au quartier général de la station de télévision après que celle-ci eut diffusé le film « Persépolis », que les manifestants estimaient anti-islamique parce qu'il montrait une représentation imaginaire de Dieu, indiquent les membres de l'IFEX. Le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) ajoute pour sa part que la foule a voulu incendier la station.

Plusieurs manifestants ont été arrêtés. Cependant, les menaces ont continué lorsque, deux jours plus tard, deux hommes sont entrés dans la station et ont menacé de tuer des employés, selon ce que rapporte Reporters sans frontières (RSF). Des voitures stationnées à l'extérieur du domicile de Nabil Karoui, chef de « Nessma TV », ont aussi été incendiées ce jour-là.

Fait également troublant, 144 juristes ont relancé la répression contre Nessma TV en signant une lettre affirmant que la diffusion du film contrevenait à la loi sur les médias d'avant la révolution, toujours en vigueur, rapporte Index on Censorship. Karoui a été interrogé et pourrait être passible de trois ans de prison, dit RSF.

Le 16 octobre, des milliers de défenseurs de la libre expression ont défilé dans l'ordre dans la capitale de la Tunisie pour dénoncer les tentatives de censure de la part des groupes islamistes. « Nous ne voulons pas passer d'une dictature policière à une dictature islamique », a écrit un manifestant sur un blogue, indique Index on Censorship.

Pour ajouter au malaise face à l'avenir de la Tunisie, Human Rights Watch rapporte que Sadok Chourou, membre éminent d'Ennahda, a déclaré au début du mois que son parti entend criminaliser la diffamation ou l'insulte de l'islam.

Pour aider les électeurs à s'informer à l'approche de l'élection, Human Rights Watch a passé en revue un large éventail de partis politiques et examiné leur position sur diverses questions liées aux droits de la personne au moyen d'un questionnaire et d'une recherche indépendante. Alors qu'Ennadha a refusé toute demande d'entrevue, les treize partis qui ont répondu ont tous convenu que la diffamation, incluse à l'heure actuelle dans le droit pénal, devrait ressortir au droit civil.

« Pour que réussisse la transition démocratique… le paysage médiatique doit se transformer », déclare l'ATFD, qui surveille de près les médias pendant la période électorale conjointement avec d'autres groupes de défense des droits, dont le SNJT et l'OLPEC. Il importe, dit le groupe, de « briser le monopole des médias publics et privés » et d'encourager « l'expansion d'un espace pour des opinions différentes, où l'indépendance des choix rédactionnels est assuré dans le respect de l'intérêt public ».

Grâce aux perspectives qui s'ouvrent pour les médias indépendants, RSF a ouvert le 13 octobre un bureau en Tunisie et inauguré, au moyen d'annonces dans les journaux et d'affiches, une campagne destinée à sensibiliser le public à l'importance de médias libres. Depuis que la révolution a forcé le président à fuir en janvier, après trois décennies de mainmise sur le pays, Human Rights Watch et d'autres groupes de défense des droits ont eux aussi ouvert un bureau local et des bureaux régionaux à travers le pays.

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