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Violences devant le siège de la télévision nationale après l'annonce d'une éventuelle privatisation des médias publics

(RSF/IFEX) - Le 26 avril 2012 - Des violences ont éclaté les 23 et 24 avril 2012 devant le siège de la Télévision Nationale, à Tunis, entre les journalistes de la télévision nationale et des sit-ineurs présents devant le siège de la chaîne depuis le 2 mars dernier pour réclamer l'épuration des médias publics. Le conflit s'est durci suite aux récentes déclarations d'Ameur Laarayedh, membre du bureau politique du mouvement Ennahda et membre de l'Assemblée constituante, et de Rached Ghannouchi, leader du parti, relative à la “privatisation des médias publics”.

En effet, lors d'un entretien accordé, le 18 avril dernier, aux quotidiens qatari Al-Sharq et omanais Oman, Rached Ghannouchi a évoqué la possibilité de “prendre des mesures radicales dans le domaine de l'information dont, éventuellement, la privatisation des médias publics”.

Reporters sans frontières est extrêmement préoccupée par ces nouvelles violences et s'oppose à l'idée d'une privatisation des médias publics. “Dans le contexte de tensions actuelles entre le gouvernement et les membres de la télévision nationale, ces déclarations jettent de l'huile sur le feu et renforcent l'atmosphère de défiance qui empêche médias et représentants politiques d'avancer dans l'étude des principaux dossiers de la transition”, a déclaré l'organisation.

Reporters sans frontières a recensé trois journalistes agressés entre le 20 et le 24 avril 2012. L'un d'eux a été agressé à deux reprises :

Fedia Ben Hemda, réalisatrice, a été injuriée et violemment bousculée, le 20 avril, après avoir tenté de prendre en photo la plaque du siège de la télévision sur laquelle les sit-ineurs avaient inscrit la mention “TV7, à vendre”.

Walid Hamaroui, journaliste, a été agressé, le 23 avril, alors qu'il réparait, avec d'autres, la plaque de la télévision nationale. Le lendemain, il a été blessé à l'arme blanche à la paume de la main.

Kais Ben Mefteh, membre du syndicat de base des réalisateurs de la télévision nationale, a également été attaqué et blessé à la main avant d'être conduit à l'hôpital, le 24 avril.

L'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (INRIC) a publié, le 23 avril, un communiqué pour rappeler que la privatisation des médias publics n'était pas d'usage dans les Etats démocratiques et a indiqué qu'il fallait se montrer tolérant à l'égard des médias en cette période de transition démocratique.

De même, un communiqué signé par une coalition d'associations de la société civile, parmi lesquelles la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH), le Rassemblement pour une Alternative internationale de Développement (RAID), Amnesty International et le Syndicat national des Journalistes tunisiens (SNJT), a dénoncé les violences et condamné les pressions exercées sur les médias.

La levée du sit-in, le 25 avril, a été suivie par une manifestation de soutien à la télévision nationale devant le théâtre municipal de l'Avenue Bourguiba à Tunis.

Par ailleurs, Reporters sans frontières désapprouve l'éviction brutale, le 24 avril, d'Habib Belaid, directeur par intérim de l'Etablissement de la radio publique nationale. En signe de protestation, quatre directeurs de radios publiques (Radio Le Kef, Radio Jeunes, Radio Culture et Radio Tunis Chaîne Internationale) ont démissionné de leurs postes. “Il est choquant que Habib Belaid ait pris connaissance de son licenciement quatre jours après la parution de cette nouvelle au Journal officiel de la République tunisienne”, a déclaré l'organisation.

En outre, le gouvernement, qui projette d'organiser une consultation nationale concernant les lois sur les médias, doit garder à l'esprit l'échelle des priorités. “Une instance indépendante de régulation des médias audiovisuels doit être mise en place avant de procéder à la nomination des futurs responsables des médias publics”, a rappelé Reporters sans frontières. Le 9 janvier 2012, l'organisation avait vivement réagi à l'annonce des nominations des hauts responsables des médias publics sans concertation, ni publication d'appels à candidature.

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