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Les vieilles pratiques répressives reviennent dans la nouvelle Tunisie et menacent la liberté d'expression, dit le TMG de l'IFEX

Une centaine de journalistes tunisiens se sont rassemblés le 22 août devant le siège du gouvernement à Tunis pour exprimer leur refus des nominations dans les médias publics.
Une centaine de journalistes tunisiens se sont rassemblés le 22 août devant le siège du gouvernement à Tunis pour exprimer leur refus des nominations dans les médias publics.

El Watan

(TMG de l'IFEX) - Le 29 août 2012 - Dans le sillage des récentes nominations faites par le gouvernement à des postes de direction de médias, ainsi que d'attaques perpétrées contre des journalistes, écrivains et artistes, le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'Échange international de la liberté d'expression (TMG de l'IFEX), coalition de 21 groupes membres de l'IFEX, exprime sa vive préoccupation face à cette série de reculs que subit la liberté d'expression en Tunisie.

Le TMG de l'IFEX condamne avec fermeté le recours croissant par la police et les groupes ultra-conservateurs à la violence et aux menaces contre les journalistes, les artistes et les écrivains, ainsi que l'incapacité du gouvernement à mettre un terme à l'impunité dont jouissent ceux qui se livrent à ces attaques. De plus, les médias se trouvent au cœur d'une bataille qui fait rage afin de préserver les libertés arrachées pendant la période de transition démocratique qui a suivi la révolution.

Absence de transparence et de consultation

Le 22 août 2012, le gouvernement tunisien a désigné Imane Bahroun au poste de chef de la Télévision nationale et Lotfi Touati, un ancien officier de la sécurité, à celui de directeur du groupe de médias Dar Assabah, une société qui publie deux quotidiens et un magazine hebdomadaire influents.

Le gouvernement a relevé de ses fonctions l'ancien directeur de Dar Assabah, Kamel Sammari, en dépit de l'intention du conseil d'administration de l'entreprise, qui prévoyait de discuter de la question le 15 septembre 2012. Le geste a été vigoureusement dénoncé par les journalistes et des personnalités publiques, qui ont protesté à l'extérieur de l'immeuble pendant plusieurs jours et qui ont publié dans Assabah et Le Temps des pages sans texte en signe de solidarité. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) condamne avec force ce congédiement et a depuis lancé un appel à la grève le 15 septembre 2012 pour exprimer son inquiétude devant l'érosion des libertés des médias.

Ces deux nouvelles nominations ont été annoncées sans consultation auprès des organisations pertinentes des médias, comme le SNJT qui, avec plusieurs partis politiques, a rejeté la décision parce qu'elle manquait de transparence. C'est la quatrième fois que le gouvernement désigne unilatéralement et sans consultation des directeurs de médias publics, après que des nominations à la tête de médias de service public eurent été faites en janvier 2012. Celles-ci ont été par la suite annulées après avoir soulevé un tollé.

Le TMG de l'IFEX considère ces nominations comme un recul par rapport aux promesses qu'avait faites le gouvernement d'agir avec transparence et de préserver la liberté des médias. « Au lieu de déposer des lois justes sur les médias après de vastes consultations, le gouvernement a créé une zone morte sur le plan législatif, et s'est arrogé la liberté de l'exploiter », a déclaré Rohan Jayasekera du groupe Index on Censorship, organisation membre du TMG de l'IFEX.

Arrestations et intimidation sur les lieux de travail

Le 25 août 2012, la Cour d'appel à Tunis a lancé l'ordre d'arrêter le directeur de la station de télévision Attounisia, Sami Fehri, pour pratiques financières répréhensibles à la société de production dont il était co-propriétaire et dont les services avaient été retenus par contrat par la station de télévision nationale avant la révolution. Le mandat d'arrestation est survenue deux jours après qu'il eut été informé que le gouvernement n'appréciait pas son émission satirique, Logique Politique, dans laquelle il critiquait le gouvernement et les dirigeants du parti Ennahda, dont Rachid Al-Ghannouchi. Fehri a déclaré avant d'être arrêté que Lutfi Zaitoun, le conseiller du Premier ministre sur les questions des médias, l'avait appelé pour lui demander de suspendre l'émission. En cas de culpabilité, il est passible de dix ans de prison.

D'après l'avocat de Fehri, l'arrestation viole le Code pénal de Tunisie; l'accusé n'a pas eu le droit de se défendre ni d'être informé des accusations portées contre lui. « L'explication de l'avocat montre que l'affaire est purement politique », dit le Centre de Tunis pour la liberté de presse.

D'autres journalistes subissent des pressions au travail. Le 21 août 2012, Boutheina Gouia, qui présente à la radio nationale l'émission Nouvelles et Rumeur, a été informée par son patron qu'elle était suspendue parce qu'elle avait reçu des officiels du SNJT qu'elle avait invités à débattre des dernières nominations d'administrateurs à la télévision nationale et au journal Assabah.

Les personnes invitées à l'émission ont critiqué l'approche du gouvernement dans ses rapports avec les médias publics. « Il y a eu un changement d'attitude des employés de la radio nationale, on dirait que la politique d'intimidation a réussi », a indiqué Gouia au TMG de l'IFEX.

Conformément à ce mode d'intimidation, auparavant, le 6 juillet 2012, Nadia Al-Hadawi, journaliste à la radio nationale, a été empêchée d'entrer dans l'immeuble où elle était censée présenter son émission du matin avec l'écrivaine Naziha Rjiba, critique bien connue du gouvernement.

Selon le TMG de l'IFEX, la suspension de Gouia apparaît comme un geste arbitraire visant à la punir parce qu'elle exerce son droit à la liberté d'expression, et comme une tentative pour dissuader les autres de critiquer les actions du gouvernement.

Agressions physiques et verbales de la police et des groupes salafistes

Le TMG de l'IFEX s'alarme en outre du nombre d'agressions physiques et verbales commises récemment contre les journalistes à Tunis et dans d'autres villes, subies aux mains de la police, de membres de syndicats et de groupes religieux ultra conservateurs (également connus sous l'appellation de salafistes). Le 6 août 2012, Monji Akasha, journaliste à Radio Sfax, a été agressé par des membres du syndicat du Bureau du Logement et de la planification tandis qu'il couvrait des grèves dans la région de Sfax.

Également le 6 août, la journaliste Sihem al-Mohammedi et le photographe Abdul Hamid Al-Omary, de la station de télévision Al-Hiwar Attounisi, la journaliste Nai'ma Al-Sharmeeti de la station de télévision Arabiske, ainsi que le journaliste Seif Eddin Al-Ameri, du site de nouvelles en ligne Akhir Khabar, ont été agressés par la police avenue Bourguiba tandis qu'ils couvraient le dispersement violent de manifestants par des officiers de police. Al-Omary a subi des blessures aux jambes quand il a été sévèrement tabassé par la police.

À peu près au même moment, le 5 août, la blogueuse tunisienne Lina ben Mhenni aurait été visée délibérément par la police et tabassée au cours d'une manifestation qui se déroulait avenue Bourguiba.

Le 14 août 2012, des islamistes ultra-conservateurs ont agressé le comédien Lutfi Al-Abdali et l'ont empêché de présenter son spectacle dans la ville de Manzil Bourguiba après avoir décrété que celui-ci offensait l'islam.

Le 23 août 2012, un groupe de salafistes s'est attaqué physiquement à l'éminent poète Sghaier Ouled Ahmed et l'a gravement passé à tabac après son apparition à une émission sur Attounisia TV, au cours de laquelle il s'est livré à une critique d'Ennahda et de ses dirigeants. Par la suite, Ouled Ahmed a déclaré : « Aucun officier ni aucun officiel ne sera épargné des bombes de ma poésie et de ma prose s'ils continuent de fermer les yeux sur de pareilles agressions. »

Le 24 août 2012, le poète Mohammed Al-Hadi Al-Waslati était attaqué par un groupe de salafistes à Tunis. Il a été transporté à l'hôpital où son état est toujours considéré comme critique.

Dans une entrevue radiodiffusée le 25 août 2012 à la station de radio Express FM, le Ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, a déclaré que le phénomène des attaques par les salafistes doit être confronté, mais que la situation était maîtrisée. Cela entre en contradiction avec la réalité que de telles agressions se produisent de plus en plus souvent.

Le TMG de l'IFEX invite les autorités, notamment le Ministère de la Culture, à faire enquête sur ces attaques et à en traduire les auteurs en justice afin de créer un environnement sûr où journalistes, artistes et écrivains pourront travailler librement, sans crainte ni censure.

Le TMG de l'IFEX appelle encore une fois le gouvernement à appliquer le Décret 2011 115 (aussi connu comme nouveau Code de la presse), en particulier l'article 14, qui garantit la protection des journalistes contre le harcèlement et les agressions et qui criminalise tout acte de violence contre eux.

« Nous pensons que le gouvernement gagne du temps en faisant trop de promesses qui ne sont pas suivies d'actions. Nous sommes inquiets pour la liberté de la presse en Tunisie. Beaucoup de facteurs indiquent un recul au chapitre de la liberté d'expression. Les attaques contre les écrivains, les journalistes et les artistes se poursuivent sans aucune sanction ni aucune mesure. Cette situation nous ramène à 1988, quand Ben Ali avait fait volte-face sur la question de la liberté d'expression. Nous devons nous battre contre cela », dit la présidente du SNJT, Najiba Hamrouni.

Le TMG de l'IFEX soutient qu'en mettant en œuvre les lois sur les médias qui sont entrées en vigueur en novembre 2011, on pourrait instaurer de meilleures sauvegardes afin de protéger la liberté d'expression. Il presse donc le gouvernement de mettre en œuvre le Décret 2011-115 et le Décret 2011-116, qui jette les bases de nouveaux médias électroniques indépendants grâce à la création de la Haute Autorité indépendante pour la Communication audiovisuelle (HAICA), qui sera habilitée à désigner les directeurs des médias publics.

Le groupe d'observation de la Tunisie de l'IFEX
Arabic Network for Human Rights Information
ARTICLE 19
Association mondiale de radiodiffuseurs communautaires - AMARC
Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information
Bahrain Center for Human Rights
Cairo Institute for Human Rights Studies
Canadian Journalists for Free Expression
Cartoonists Rights Network International
Egyptian Organization For Human Rights
Fédération Internationale des Journalistes
Fondation Maharat
Freedom House
Index on Censorship
International Federation of Library Associations and Institutions
International Press Institute
International Publishers Association
Journaliste en danger
Media Institute of Southern Africa
Norwegian PEN
PEN International
World Press Freedom Committee
ADDITIONAL INFORMATION
De quoi discutent les autres membres de l'IFEX
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