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Deux personnes sont acquittées tandis que les violations de la libre expression s'accumulent

Les journalistes, écrivains et voix critiques de l'opposition sont muselées en Turquie par un arsenal de menaces. Ils s'exposent à de lourdes peines de prison rien que pour le fait de rapporter quoi que ce soit ayant trait au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), disent la Fondation de Communication IPS (BIANET) et d'autres membres de l'IFEX. Les violations de la libre expression et de la liberté de la presse comprennent notamment le fait de parler kurde, le fait de produire des reportages d'enquête critiques sur le secteur des sociétés privées et des lois antiterroristes qui servent à jeter les journalistes en prison. Parmi toutes ces violations, cependant, un éminent éditeur et un auteur ont été acquittés dans des affaires séparées.

L'éminent éditeur Ragip Zarakolu (Belge) et l'écrivain N. Mehmet Güler risquaient tous deux une peine de plus de sept ans de prison pour avoir, respectivement, publié et écrit le roman « Des décisions plus difficiles que la mort », selon ce que rapportent l'Union internationale des éditeurs (UIE) et le PEN International. Le roman a été interdit immédiatement après sa parution. Un autre livre de Güler, « KCK File/Global State and Kurds without State » (Dossier KCK/État mondial et Kurdes sans État), publié par Belge, a aussi été interdit.

Le 10 juin, Zarakolu a été acquitté et Güler a été reconnu coupable et condamné à un an et trois mois de prison. Les deux hommes étaient accusés de faire de la propagande pour le PKK.

« En condamnant N. Mehmet Güler à quinze mois de prison, la Turquie contrevient à ses obligations internationales », dit l'UIE, notamment à l'Article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, « un bloc dont la Turquie aspire à joindre les rangs ».

Le PEN International ajoute : « Ce ne sont pas que les gros noms qui attirent l'attention des médias, comme ceux de Elif Shafak ou d'Orhan Pamuk, qu'il faut acquitter. Dans des procès de la liberté d'expression, les noms moins connus doivent être acquittés eux aussi. »

Les journalistes n'ont pas la liberté d'écrire sur la question kurde, rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le reporter Mehmet Baransu risque 10 ans de prison pour avoir publié des documents qui seraient classifiés et qui auraient trait à des militants du PKK qui auraient attaqué un avant-poste militaire en 2008, entraînant la mort de 17 soldats. Aussi, deux autres journalistes risquent chacun sept ans et demi de prison pour avoir publié des entrevues avec des membres du PKK.

La Turquie utilise de manière répétée sa loi antiterroriste restrictive pour museler les médias, dit l'Institut international de la presse (IIP). BIANET et d'autres membres de l'IFEX rapportent que le journaliste turc Irfan Aktan a été condamné le 4 juin à 15 mois de prison pour avoir cité un membre du PKK dans un de ses articles. Pour sa part, le rédacteur en chef d'Aktan a été condamné à 10 393 $ US d'amende pour le même article, dit le CPJ. Tous deux étaient accusés de faire de la propagande. D'après BIANET, ce sont au total 103 personnes, dont 15 journalistes, qui ont été interpellées pendant le premier trimestre de l'année pour des actions reliées à la loi antiterroriste.

La libre expression est menacée à de nombreux niveaux en Turquie. Le 9 juin, un tribunal local de la province de Mardin a décerné une peine de six mois de prison à chacun des trois anciens membres du Parti de la Société démocratique (DTP), aujourd'hui dissous, parce qu'ils avaient parlé kurde pendant une campagne électorale.

D'après Reporters sans frontières (RSF), une société privée menace de poursuivre le site web de nouvelles « EmekDunyasi.net » s'il ne retire pas de vieux reportages sur l'action syndicale entreprise en 2008 par 400 employés de Yörsan. « Ce genre de chantage judiciaire constitue un véritable problème », dit RSF. « Peu de journalistes osent critiquer les compagnies du secteur privé ou les groupes financiers par crainte de représailles. »

Une autre violation de la liberté de la presse qui a émergé, c'est l'écoute électronique des téléphones des journalistes, des politiciens, des membres de la magistrature et des officiers, selon ce que rapporte BIANET. Les standards téléphoniques des journaux « Milliyet », « Radikal », « Posta » et « Fanatik » ont eux aussi été soumis illégalement à l'écoute électronique.

Dans un autre rare moment de justice, le journaliste Nedim Sener a été acquitté dans l'affaire de son livre « Le meurtre de Dink et les mensonges des services de renseignement », rapportent BIANET et l'IIP. Sener a été poursuivi par plusieurs officiers supérieurs de la police et du service de sécurité et accusé de « violation du secret » et d'avoir « identifié comme cibles des officiels de la lutte contre le terrorisme ». Sener compte parmi un groupe de 60 journalistes choisis par l'IIP comme Héros de la Liberté mondiale de la presse.

Ailleurs, le 8 juin, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a imposé à l'unanimité à la Turquie une amende de 3 000 euros après avoir statué que la saisie du livre « Tarkan : Le Phénomène de l'étoile » violait la liberté d'expression. D'abord publié en 2001, l'ouvrage est resté interdit pendant près de trois ans.

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