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Les membres de l'IFEX se joignent à des milliers d'autres pour protester contre la détention de journalistes

Les journalistes Nedim Sener (au centre) et Ahmet Sik (face à l’appareil-photo, troisième à partir de la gauche) réagissent à leur arrivée au tribunal d’Istanbul le 5 mars 2011
Les journalistes Nedim Sener (au centre) et Ahmet Sik (face à l’appareil-photo, troisième à partir de la gauche) réagissent à leur arrivée au tribunal d’Istanbul le 5 mars 2011

REUTERS/Ozan Guzelce/Milliyet/Handout

Des milliers de personnes ont protesté en Turquie le 4 mars et ont exigé la fin de la répression des journalistes turcs. Les manifestants réagissaient à la détention la semaine dernière d'au moins neuf journalistes et écrivains à cause de leurs liens allégués avec les complots de coup d'État de « Ergenekon », selon ce que rapportent la Fondation de Communication IPS et l'Initiative pour la liberté d'expression (Initiative for Freedom of Expression, ou Antenna-TR), membres locaux de l'IFEX, ainsi que d'autres groupes de l'IFEX.

Ahmet Sik et Nedim Sener étaient parmi les sept journalistes arrêtés et dont les domiciles et les bureaux ont été fouillés parce qu'ils étaient soupçonnés d'appartenir au réseau clandestin ultra-nationaliste Ergenekon, lequel aurait, selon les procureurs publics, comploté en vue de renverser le gouvernement. L'organisation s'est infiltrée au sein de l'État et de l'armée.

Sik risque déjà des poursuites parce qu'il est co-auteur d'un livre sur les enquêtes et les procès dans l'affaire Ergenekon. Apparemment, la police aurait également saisi le manuscrit de son dernier ouvrage, un livre sur la police et certains liens avec des réseaux islamiques illégaux en Turquie.

Journaliste d'enquête au quotidien « Milliyet », Sener a été acquitté en 2010 à l'issue d'un procès intenté à cause d'un livre qu'il a écrit sur le meurtre du célèbre journaliste turco-arménien Hrant Dink, dans lequel il impute le meurtre de ce dernier aux forces de sécurité turques. Sener s'est vu décerner en 2010 le prix Oxfam/Novib PEN de la Liberté d'expression, et il a aussi été désigné l'an dernier par l'Institut international de la presse (IIP) Héros de la liberté de la presse dans le monde.

Dans une lettre adressée à sa famille et à ses collègues, écrite de prison et publiée dans le « Milliyet », Sener affirme avoir été visé par le gouvernement dès 2009, et peut-être même avant, selon ce que rapporte BIANET.

« En l'absence de preuve que la police a des motifs crédibles de penser que Ahmet Sik et Nedim Sener sont responsables de méfaits, leur arrestation constitue un rebondissement troublant », indique Human Rights Watch. « Elle suscite l'inquiétude que ce qui fait actuellement l'objet d'une enquête, c'est le journalisme critique plutôt que les complots de coup d'État."

Les enquêtes sur le réseau Ergenekon, qui se poursuivent depuis des années, constituent un prétexte pour neutraliser les opposants au gouvernement, disent les membres de l'IFEX. Depuis juin 2007, plus de 200 personnalités de renom au sein de l'armée, du monde politique et de la police, ainsi que des écrivains, des universitaires et des journalistes, sont détenues en rapport avec le complot Ergenekon, d'après ce que dit le Comité des écrivains en prison du PEN International.

Selon l'IIP, les descentes et les arrestations effectuées récemment auraient été fondées sur des informations découvertes lorsque la police turque a fait irruption le mois dernier aux domiciles de quatre journalistes associés au site web de nouvelles dissidentes OdaTV et qu'elle a arrêté trois des journalistes. OdaTV a subi une descente après avoir affiché une vidéo critiquant une enquête policière sur le complot, d'après ce que rapporte l'IIP.

Deux autres journalistes, Mustafa Balbay et Tuncay Özkan, ont passé en prison respectivement deux ans et deux ans et demi pendant leur procès, qui n'est toujours pas terminé, pour appartenance au réseau Ergenekon, selon ce que rapporte Human Rights Watch.

Le Premier ministre Tayyip Erdogan et d'autres officiels du gouvernement ont nié que les enquêtes soient menées pour des raisons politiques.

« Ces démentis ne sont tout simplement pas crédibles », dit Aidan White, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes et de la Fédération européenne des journalistes (FEJ). « Il est clair que les autorités se sont engagées dans une campagne en vue de discipliner la dissidence et d'étouffer la liberté de parole en Turquie. »

Štefan Füle, le commissaire responsable de l'extension de l'Union européenne, à laquelle la Turquie espère adhérer, a émis une déclaration au ton acerbe sur ces détentions. « La Turquie doit, de toute urgence, amender son cadre juridique afin d'améliorer l'exercice de la liberté de la presse, dans la pratique et d'une manière importante », dit Füle.

Füle a déclaré que l'Union européenne s'attendait que la Turquie, en tant que pays candidat, mette en place « des principes démocratiques fondamentaux et permette dans l'espace public la tenue de débats variés et pluralistes ».

D'après la FEJ, plus de 60 journalistes se trouvent à l'heure actuelle dans des prisons en Turquie pour avoir fait leur travail. Signez cette carte postale et joignez-vous à la FEJ et au Syndicat des journalistes turcs pour demander leur remise en liberté immédiate et inconditionnelle.

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