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Après le coup d'Etat avorté en Turquie, la purge des médias ?

Les gens utilisent les ordinateurs dans un café Internet à Ankara, en Turquie, le 6 avril à 2015
Les gens utilisent les ordinateurs dans un café Internet à Ankara, en Turquie, le 6 avril à 2015

REUTERS/Umit Bektas

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 18 juillet 2016.

Reporters sans frontières (RSF) met en garde les autorités turques contre la tentation de réduire au silence les médias critiques, sous prétexte de châtier les partisans de la tentative de coup d'Etat du 16 juillet 2016.

Au cours des dernières 48 heures, à la demande des services du Premier ministre, la Haute autorité de la télécommunication (TIB) a bloqué plus d'une dizaine de sites d'information soupçonnés de “porter atteinte à la sécurité nationale ou à l'ordre public”. Conformément à la législation turque, le blocage de sites internet ordonné par une autorité administrative est censé être validé a posteriori par un juge d'Ankara.

Parmi les médias concernés figurent ABCGazete, Gazeteport, Can Erzincan, Özgür Düşünce, Haberdar, Karşı, Gri Hat, Aktif Haber, Samanyolu Haber, Meydan et Rota Haber. Le 17 juillet, alors que la censure avait déjà pris effet, aucun d'entre eux n'en avait été informé par écrit. Seul Medyascope, un site d'information innovant dirigé par le célèbre journaliste Ruşen Çakır, a été débloqué au bout de quelques heures.

“Une ligne éditoriale critique du gouvernement ou favorable à la confrérie Gülen ne saurait être assimilée à un soutien ouvert et explicite à la tentative de coup d'Etat, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale de RSF. Les autorités doivent réagir au putsch avorté dans les limites de la Constitution turque, qui garantit la liberté d'expression.”

Joint par le représentant de RSF en Turquie, le propriétaire d'ABCGazete, Merdan Yanardağ, a exprimé son désarroi et son incompréhension face au blocage de son site: “J'ai moi-même fait de la prison à cause de magistrats proches de la confrérie Gülen. Comment peut-on nous accuser, moi et mon média, d'être proche de ce mouvement et de constituer un danger? Dans notre couverture médiatique, nous n'avons fait qu'évoquer le danger d'un nouveau coup d'état islamiste, après celui qui vient d'échouer. Nous avons appelé les gens à soutenir la démocratie et non l'AKP, c'est tout ! Nous poursuivrons jusqu'au bout notre combat démocratique, pour défendre les droits et les libertés. Et nous invitons la population à faire de même.”

ABCGazete continue de publier depuis l'adresse abcgazetesi1.com. Le site d'information spécialisé sur les droits de l'homme Bianet fournit une liste de liens alternatifs permettant aux internautes d'accéder à certaines des ressources censurées.

Le juriste Yaman Akdeniz a expliqué à RSF avoir saisi la Cour constitutionnelle à 25 reprises, avec son confrère Kerem Altiparmak, pour réclamer l'annulation des dispositions légales permettant aux autorités administratives de bloquer des sites au nom de la “sécurité nationale” ou de “l'ordre public”. Les deux juristes l'ont encore fait dernièrement suite au blocage du site d'information d'Etat russe, tr.sputniknews.com, en avril 2016. Mais à ce jour, la Cour constitutionnelle n'a encore rendu aucune décision à ce sujet.

Ces nouveaux blocages laissent craindre de nouveaux coups de filet parmi les journalistes critiques. Un mandat d'arrêt a d'ores et déjà été émis, le 18 juillet, à l'encontre de la journaliste Arzu Yıldız, du site d'information Haberdar. Des listes de “journalistes proches de Gülen à arrêter” circulent sur les réseaux sociaux.

La Turquie occupe la 151e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF.

Dernier Tweet :

"HK activists Joshua Wong, Nathan Law, and Alex Chow are heroes, not criminals, for their campaign for democracy"… https://t.co/Jo4G9Cz5aT