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PROFIL

Eren Keskin

Depuis plus de trois décennies, Eren Keskin, avocate et défenseure des droits des femmes et des minorités, a subi de nombreux procès, passé du temps en prison, vécu sous menaces et, à deux reprises, on a attenté sa vie. Déterminée, elle reste une défenseure franche et de haut niveau des droits. En 2016, elle a rejoint les rangs de centaines de journalistes, écrivains et militants jugés en Turquie pour leur défense de la liberté d'expression.

Eren Keskin avec le certificat du "Prix Aachen de la paix" à Aachen en Allemagne, le 1er septembre 2004. AP Photo/Hermann J. Knippertz

En réponse à l'enquête disciplinaire du Barreau d'Istanbul dont elle était la cible en 2008, Eren Keskin a déclaré :

Pendant plus de 30 ans, Eren Keskin, avocate et défenseur des droits des femmes et des minorités, a été la cible de nombreux procès, a été emprisonnée, a vécu sous les menaces et par deux fois, été victime de tentatives de meurtre.

Pendant plus de 30 ans, Eren Keskin, avocate et défenseur des droits des femmes et des minorités, a été la cible de nombreux procès, a été emprisonnée, a vécu sous les menaces et par deux fois, été victime de tentatives de meurtre. Sans relâche, elle continue de mener campagne avec ferveur sous la menace d'une possible peine de prison de 10 mois.

Eren Keskin est la co-fondatrice du Projet d'Aide Juridique pour les Femmes Victimes de Violences Sexuelles en Prison et fut pendant longtemps une des membres responsables de Human Rights Association (HRA) en Turquie. Son travail de dénonciation des violations des droits de l'homme perpétrées par les forces armées turques et la police a souvent impliqué sa mise en danger. En 1994, alors présidente du bureau d'Istanbul de la HRA, on lui tire dessus. Par chance, elle n'est pas blessée. En 2001, un homme entre dans son bureau et lui dire dessus. Il fut arrêté, mais libéré après seulement six mois. Les menaces contre elle continuent jusqu'à ce jour.

Son soutien constant et affiché pour les femmes et les minorités a également mené Eren pendant des années devant les tribunaux pour des accusations très diverses : entre "insultes à l'État Turc" pour avoir suggéré que les forces armées soient responsables de violences sexuelles dans le sud-est du Kurdistan et “incitation à la haine” pour avoir utilisé le nom "Kurdistan" dans ses discours. La plupart du temps, ses procès se sont terminés par des acquittements, des peines avec sursis ou des amendes. Cependant, en 1995, elle passe plusieurs mois en prison pour "incitation au séparatisme" pour un article demandant un cessez-le-feu entre le PKK et les forces gouvernementales. En 2002, elle a également reçu l'interdiction de pratiquer le droit pendant un an.

Dans une interview pour l'IFEX en mars 2014, Keskin déclarait être accusée de dix chefs d'accusation, impliquant notamment le controversé Article 301 du Code pénal concernant l'insulte à l'État et ses institutions. Elle expliquait alors, "Si vous parlez du viol d'une femme ou d'un enfant par un policier, cela est considéré comme une insulte à l'État parce que c'est un agent de l'État, cela implique que vous insultez l'État en général." Keskin disait alors qu'elle recevait encore des menaces, bien que dans une moindre mesure que par le passé, mais qu'elle ne les dénonçait pas, "Parce qu'on doit se concentrer sur les problèmes des autres, pas sur ses propres problèmes. Notre travail doit être pour les autres plus que pour soi-même".

En décembre 2014, Keskin est condamnée à dix mois de prison en vertu de l'Article 301 pour insulte à l'État pour avoir déclaré dans un discours en 2005 "La Turquie a un lourd passé". Elle faisait référence à la mort d'un garçon de 12 ans tué, tout comme son père, par la police au cours d'une opération contre le PKK en 2004, ce qu'elle a décrit comme une longue histoire d'oppression violente par l'État Turc revenant au génocide Arménien de 1915. Les policiers impliqués dans les meurtres furent finalement acquittés. Cette décision de justice a généré un tollé parmi les activistes Kurdes.

Récemment, Erin Keskin a rejoint les centaines de journalistes en prison et en procès à l'issue d'une série de mesures de répression suite à un coup d'Etat manqué en juillet 2016. Quelques mois plus tôt, en mars 2016, elle a été interdite de voyager eu égard à la Loi Anti–Terreur à cause de son travail à Özgür Gündem, un journal qui couvre les questions kurdes et qui, depuis de nombreuses années, a fait l'objet de fermetures et de procès. En mai 2016, au fur et à mesure que les attaques contre la publication se multipliaient, la campagne Rédacteur en chef tournant a été lancée au cours de laquelle des écrivains, des journalistes, des avocats, des militants et d'autres personnes se sont relayés comme rédacteur bénévole pour un jour dans un élan de solidarité. La campagne a pris fin a la fermeture forcée du journal en août 2016 avec l’instauration de l'Etat d'urgence après la tentative de coup d'Etat.

Juste avant la fermeture, les bureaux d'Özgür Gündem et la maison de Keskin ont été attaqués par la police et 23 membres du personnel ont été brièvement détenus. Trente-huit des 56 personnes qui avaient agi en tant que co-rédacteurs bénévoles sont maintenant jugées du chef d'accusation d'avoir aidé le soutien du terrorisme en participant à la campagne, parmi celles-ci il y a Eren Keskin.

Keskin est également poursuivie pour ses prestations antérieures pour Özgür Gündem. En janvier 2016, des audiences contre elle et Reyhan Çapan, rédacteur en chef du journal, ont été ouvertes aux termes de l'article 301. Ils sont accusés d'avoir insulté les services de sécurité dans un article impliquant les forces armées dans le meurtre d'un jeune pendant les conflits à Mardin, au sud-est de la Turquie en novembre 2015. Une autre affaire judiciaire est en cours pour une « insulte » au président Erdoğan et aide au terrorisme à cause d'un article publié en septembre 2015 intitulé « Le palais est devenu fou » qui critiquait l'abandon par le président des pourparlers de paix lequel a conduit à l’augmentation sensible des morts de civils comme le conflit a repris.

Malgré tout, Keskin fait de la résistance. En juillet 2017, elle faisait partie d'un groupe de défenseurs des droits humains qui se sont rassemblés devant un tribunal d’Istanbul en solidarité avec dix autres défenseurs qui ont été arrêtés quelques jours auparavant.

Eren Keskin a reçu le prix Aachen de la paix en 2004, puis le Prix Theodor Haecken en 2005. En novembre 2013, Eren Keskin est apparue dans campagne de la Journée Internationale contre l'Impunité.

Dernière mise à jour: 2 août 2017

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