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Şanar Yurdatapan : une sonate de solidarité

Şanar Yurdatapan est un auteur compositeur et porte-parole de l'Initiative pour la Liberté d'Expression en Turquie - un paisible « mouvement de désobéissance civile qui enfreint les règles anti-démocratiques ». Le 13 janvier, l'activiste primé a été condamné avec sursis à 15 mois pour avoir été editeur invité du quotidien kurde Özgür Gündem . Le 1er mars, il sera jugé pour avoir signé une déclaration à l'appui de l'enseignante turque Ayşe Çelik.

Şanar Yurdatapan

Dans un message à IFEX en octobre 2016, Şanar Yurdatapan a décrit ce que valait d'être une partie du réseau mondial de défense et promotion de la liberté d'expression:

« Rencontrer IFEX et en devenir partie prenante a changé beaucoup de choses dans nos relations avec le monde. Outre le soutien direct à nos projets, IFEX nous donne la possibilité de contacter les militants de la liberté d'expression sur d'autres continents, d'échanger des expériences et de soutenir les activités des uns et des autres, et même y prendre part ».

Şanar Yurdatapan est un auteur compositeur et porte-parole de l'Initiative pour la Liberté d'Expression en Turquie - un organisme sans but lucratif, sans comité exécutif et sans aucune structure juridique qui se définit lui-même comme étant un « un mouvement de désobéissance civile qui enfreint les règles anti-démocratiques ». Le groupe est membre de IFEX depuis 2007.

Né à Susurluk en 1941, Yurdatapan est devenu actif en politique dans les années 1960, quand il a adhéré au Parti travailliste turc. Dans les années 1970, il est devenu célèbre pour ses compositions de musique pop. Sa chanson primée « Arkadaş » - écrite pour un film du même nom - est toujours jouée à ce jour.

En 1980, Yurdatapan et son (ex)-femme Melike Demirag ont été contraints à l'exil pour plus de 11 ans, période au cours de laquelle ils ont été dépouillés de leur citoyenneté turque. Pendant qu'ils étaient en exil, la musique est devenue un support important de l'engagement de Yurdatapan à la libre expression et au plaidoyer. En 1982, il a enregistré « Songs of Freedom from Turkey : Behind Prison Bars » (Des chansons de la Turquie pour la liberté : derrière les barreaux de la prison), un album engagé qu'on peut trouver aujourd'hui dans de nombreuses bibliothèques.

En 1991, ils ont été amnistiés et autorisés à retourner en Turquie. L'année suivante, leur citoyenneté leur a été retournée mais, il n'a pas fallu longtemps à Yurdatapan pour se lancer à nouveau dans l'activisme.

En 1995, le célèbre romancier Yasar Kemal a été inculpé, en vertu de la loi anti-terroriste, pour un article paru dans le journal Der Spiegel sur l'oppression de la population kurde en Turquie. Cette situation a poussé Yurdatapan et d'autres militants de monter une forme unique de désobéissance civile. Plus de 1000 intellectuels, dont Kemal, ont apposé leurs noms en tant qu'éditeurs d'un livre contenant des textes interdits. Ils ont informé de leur « crime » le procureur général de l'Etat et se sont alignés en « rangs d'expression » devant son bureau. Un dossier de masse a ensuite été ouvert contre 185 d'entre eux, mettant l'accent sur le cas de Kemal et sur la censure en général.

L'originalité de cet acte de désobéissance civile est devenue une marque importante de la lutte continue de Yurdatapan pour la liberté d'expression.

En 2003, Yurdatapan, qui s'identifie comme un athée, et Abdurrahman Dilipak, théologien de l'Islam, ont publié ensemble « Opposites: Side by Side » (Des opposés : côte à côte). Divisé en deux parties, le livre donne aux deux auteurs l'opportunité de discuter de sujets controversés comme le genre, la foi, les droits humains et le fondamentalisme. « Nous voulions montrer que nous pouvons vivre ensemble avec nos différences, en s'y accrochant ».

L'approche novatrice de Yurdatapan à la défense de la liberté d'expression ne s'arrête pas là. En 2014, lui et ses collègues ont fondé le Musée des crimes de la pensée, un projet de campagne numérique qui documente les violations de la libre expression en Turquie.

L'espace numérique permet aux visiteurs de naviguer dans les couloirs comme un touriste dans un musée réel. Ils peuvent voir le bureau du Procureur général de l'Etat, marcher à l'intérieur d'une représentation réaliste d'une salle d'audience de la Turquie et en apprendre davantage sur la façon dont la loi turque a été conçue en vue d'étouffer la liberté de la presse.

Mais la forme la plus récente d'activisme de Yurdatapan n'apparait pas en ligne - et ses conséquences vont bien au-delà de la portée de notre écran. Le 23 septembre 2016, Yurdatapan et 30 autres militants ont assisté à leur premier procès pour avoir signé une déclaration en faveur de Mlle Ayşe Çelik, une enseignante de Diyarbakir, une province du sud-est de la Turquie, qui a plaidé publiquement pour plus d'attention des médias sur les meurtres et autres abus contre des civils en cours dans le sud-est de la Turquie. S'ils sont reconnus coupables, Çelik, Yurdatapan et les autres signataires de la déclaration pourrait faire face à sept ans et demi de prison pour « apologie de la propagande terroriste d'une organisation ».

Le jour du procès, des organisations de partout dans le monde s'étaient mobilisées en solidarité avec Yurdatapan et ses co-accusés en organisant de petites manifestations devant les ambassades ou consulats turcs dans leurs pays. Des militants de l'Azerbaïdjan, la Belgique, la Biélorussie et le Kazakhstan qui avaient participé à la réunion de l'OSCE à Varsovie avaient également exprimé leur soutien à Yurdatapan et ses co-accusés en brandissant des pancartes disant « Si Ayşe est une criminelle, je le suis aussi ». La prochaine audience est prévue pour le 30 novembre 2016.

Si Yurdatapan est reconnu coupable, ce sera sa quatrième fois de faire face à l'emprisonnement, après avoir été détenu en 1996, 1997 et 2000 en raison de son militantisme pacifique. En dépit de cela, il continue d'inspirer les autres avec sa détermination, son humour et l'originalité dans sa campagne pour la liberté d'expression en Turquie.

Le courage et l'engagement à la libre expression de Yurdatapan ne sont pas passés inaperçus. La reconnaissance internationale de son travail comprend le prix 2002 du « Contournement de la censure » lui décerné par Index on Censorship et le prix « Mondial du défenseur des droits humains » par Human Rights Watch. Il est également récipiendaire du prix turc 2015 de la liberté d'expression de l'Association des journalistes de Turquie, l'Association des droits humains, l'Association des opprimés et l'Association des journalistes modernes.

Le 13 janvier, le militant primé a été condamné avec sursis à 15 mois pour avoir été editeur invité du quotidien kurde Özgür Gündem . Le 1er mars, il sera jugé pour avoir signé une déclaration à l'appui de l'enseignante turque Ayşe Çelik.

Dernière mise à jour: 13 janvier 2017

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