RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Les élections ne seront ni libres ni équitables sans sécurité pour les journaliste, disent les membres de l'IFEX

Le mois dernier en Ouganda, Paul Kiggundu, reporter à « Top Radio », a été brutalement agressé et tué par une foule déchaînée tandis qu'il travaillait à un reportage. Trois jours plus tard, c'était au tour du journaliste Dickson Ssentongo, de « Radio Prime », d'être battu à mort tandis qu'il se rendait au travail. À moins que ne cesse la violence contre les médias et que les journalistes ne soient autorisés à accomplir leur travail librement, les élections générales de l'an prochain ne seront ni libres ni équitables, prévient un regroupement de 28 membres de l'IFEX dans une lettre conjointe qui servira à exercer des pressions auprès des candidates.

D'après le Réseau des droits de la personne pour les journalistes (HRNJ-Ouganda) groupe membre par intérim de l'IFEX, qui est à l'origine de la lettre, plus de 30 journalistes ont rapporté avoir subi du harcèlement ou des mauvais traitements aux mains d'organes de l'État ou de groupes de cogneurs rien que pendant la première moitié de 2010. Dans la majorité des cas, les crimes ont été commis en toute impunité.

Rien de cela n'est étonnant lorsqu'on examine les suspects : la police était impliquée dans 12 cas de violence contre les journalistes; huit autres cas montraient des ramifications avec l'État, des groupes politiques ou des paramilitaires, rapporte HRNJ-Ouganda.

Ces constatations ont été renforcées par une mission de quatre jours réalisée en septembre 2010 par le Partenariat international de défense de la liberté d'expression International (International Freedom of Expression Partnership), qui comprenait des délégués d'ARTICLE 19, de Freedom House, de la Fondation pour les médias en Afrique de l'Ouest (MFWA), de l'Institut des médias d'Afrique australe (Media Institute of Southern Africa, MISA), du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et de l'hôte local, le Centre africain pour l'excellence des médias (African Centre for Media Excellence).

La mission a constaté que les praticiens des médias, journalistes, caricaturistes politiques et activistes en Ouganda devaient affronter des obstacles systémiques et juridiques graves et généralisés à leur liberté et à leur sécurité, et qu'ils sont contraints de travailler dans un environnement d'impunité générale.

En outre, la violence ne constitue qu'une tactique parmi d'autres; les autorités s'activent sur de multiples fronts pour faire taire les voix dissidentes, dit le HRNJ-Ouganda. Pour mettre fin au débat politique, le président du Conseil de la radiodiffusion, Godfrey Mutabazi, a fermé arbitrairement cinq stations de radio en septembre 2009, lors des émeutes de Kampala, au cours desquelles 21 personnes ont perdu la vie et où de nombreuses autres ont été blessées. Trois stations sont depuis revenues en ondes, mais à de strictes conditions à la rédaction.

Plus récemment, en avril dernier, Mutabazi a ordonné à la station de radio privée « Voice of Lango » de suspendre deux de ses présentateurs parce qu'ils avaient reçu à leur émission Olara Otunnu, dirigeant du groupe d'opposition Uganda People's Congress (Congrès du peuple ougandais).

Dans leur lettre, les membres de l'IFEX demandent au gouvernement ougandais de s'assurer que les journalistes ne sont pas réduits au silence pendant la période précédant les élections de février 2011. « Ce n'est qu'avec des médias libres que les affaires publiques peuvent faire l'objet d'un examen minutieux, qu'un vigoureux débat public peut avoir lieu et que la corruption et les autres formes de méfaits peuvent être dénoncées », font-ils valoir.

Entre autres recommandations, les membres de l'IFEX exigent que tous les officiers fautifs fassent l'objet d'une enquête et que le Parlement adopte le projet de loi contre la torture, mis de côté depuis des années, de façon à mettre fin à l'impunité qui protège les auteurs de la violence.

On espère pourtant que les recommandations seront suivies, après les victoires qu'a remportées récemment la libre expression en Ouganda. Les membres de l'IFEX et les délégués de la mission ont été certes encouragés par la décision « historique » d'août 2010 rendue par la Cour constitutionnelle, qui a aboli la sédition criminelle.

Encore la semaine dernière, un tribunal de la Cour des magistrats de l'Ouganda à Kampala a appliqué cette décision et rejeté les charges de sédition portées contre l'ancien présentateur de la radio Robert Kalundi Serumaga, qui devait répondre à six chefs de sédition pour des énoncés hostiles au Président lors des émeutes de septembre 2009 à Kampala, selon ce que rapportent le HRNJ-Ouganda et ARTICLE 19.

Dernier Tweet :

El periodista disidente saudí @AliAlAhmed_en ha sido bombardeado a correos electrónicos que le incitaban a pinchar… https://t.co/psMmKVkXn3