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La police présente des excuses pour ses attaques contre les médias et promet des réformes

Des journalistes qui couvraient l’arrestation et la remise en liberté du dirigeant d’opposition Kizza Besigye (à gauche) ont eux-mêmes été attaqués par la police
Des journalistes qui couvraient l’arrestation et la remise en liberté du dirigeant d’opposition Kizza Besigye (à gauche) ont eux-mêmes été attaqués par la police

James Akena/REUTERS

Après des mois d'attaques contre les journalistes, le chef de la police de l'Ouganda a mis sur pied une unité de presse qui recevra les plaintes sur les violations de la liberté de la presse et sera chargée de faire enquête, selon ce que rapportent le Réseau des droits de la personne pour les journalistes (Human Rights Network for Journalists-Uganda, HRNJ-Ouganda), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), ARTICLE 19 et Freedom House.

« Cette nouvelle évolution survient à un moment critique, alors que les journalistes en Ouganda commencent à perdre espoir d'obtenir justice pour les nombreuses exactions commises contre eux tant par l'État que par des acteurs hors de l'État », dit ARTICLE 19.

Un officiel de la police, Simon Peter Kuteesa, dirigera la nouvelle unité qui, a-t-il dit au CPJ, devrait être opérationnelle dans trois mois.

Kuteesa est l'ancien chef de l'unité de la police chargée des crimes des médias, une division conçue spécialement pour surveiller la presse de l'Ouganda. Wokulira Ssebaggala, coordonnateur du programme pour le HRNJ-Ouganda, reste sceptique. « Ainsi le département des Crimes des Médias, dirigé anciennement par Kuteesa, continuera de fonctionner parallèlement à ce nouveau département... Nous ne sommes pas optimistes mais nous allons voir », a dit Ssebaggala au CPJ.

D'après le HRNJ, les attaques contre les journalistes en Ouganda ont presque doublé entre 2010 et 2011, avec plus de 100 incidents recensés l'an dernier, alors qu'il y en avait eu 58 en 2010 et 38 en 2009. Selon HRNJ, la plupart des attaques ont été commises par la police, et aucun de ces incidents n'a fait l'objet d'une enquête concluante.

La tendance se poursuit en 2012. Le CPJ a déjà recensé cette année 10 cas de policiers s'en prenant physiquement à la presse.

En avril par exemple, Rebecca Nakame, reporter à Bukedde TV, propriété du gouvernement, a été agressée par une foule dans le village de Bweya, district de Wakiso sur les ordres d'un constable spécial de la police, après qu'elle eut présenté un reportage sur un litige foncier local, rapporte le HRNJ.

En mars, des officiers de la police ougandaise ont attaqué trois journalistes tandis qu'ils couvraient la remise en liberté sous caution du dirigeant d'opposition emprisonné Kizza Besigye, dit le HRNJ. Les blessures des journalistes ont nécessité des soins.

L'attitude des policiers à l'égard de la presse constitue un problème, a déclaré au CPJ Sula Mutebi, cameraman à Bukedde TV. « Les dirigeants politiques voient dans la presse des activistes. Le Président [Yoweri] Museveni a accusé récemment la presse d'accepter des pots-de-vin de sorte que, à tort ou à raison, nous sommes vus comme l'opposition aux autorités. »

Mutebi a lui-même été agressé. Une policière ayant le grade de sergent a frappé Mutebi et l'a détenu pendant une heure et demie au poste de police la semaine dernière, après que celui-ci eut tenté de couvrir une histoire sur une enquête de meurtre à Kampala, selon ce que rapporte le CPJ.

D'après le CPJ, le nombre élevé d'agressions policières contre la presse est également attribuable aux tensions politiques dans les rues de Kampala ces dernières années. Les rassemblements de masse de l'opposition contre la hausse des prix de l'essence et des autres denrées, connus comme des « marches au travail », ont mis la police sur la sellette, la couverture médiatique accordant peu d'intérêt à leurs gestes. « Pendant les manifestations surtout, certains journalistes sont visés parce que la police tente de supprimer les preuves de leurs propres actions », a déclaré Ssebaggala au CPJ.

Les membres de l'IFEX se demandent si le nouveau département représente un effort véritable en vue de mettre fin aux attaques contre la presse perpétrées en toute impunité ou s'il s'agit simplement d'une manœuvre de relations publiques.

Encore la semaine dernière, la police ougandaise a attaqué deux journalistes, quelques jours à peine après que l'Inspecteur général de la Police Kale Kayihura eut fait des excuses publiques aux médias pour les excès commis par les agents contre la presse, rapporte le CPJ.

« Je vous présente mes excuses pour tout ce qui est arrivé aux journalistes. Je vais rouvrir la totalité des 107 affaires d'incidents survenus en 2011 contre les journalistes, et nous allons enquêter sur chacune d'elles », a-t-il dit aux journalistes lors d'un meeting organisé par le HRNJ.

Selon le CPJ, ce n'est pas la première fois que des excuses sont offertes par l'Inspecteur général, qui a défilé avec les journalistes dans une démonstration inattendue de solidarité à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le mois dernier. « Il peut s'excuser aujourd'hui, mais demain quelqu'un sera passé à tabac », a dit Ssebaggala au CPJ.

Mutebi est rempli d'espoir et pense que l'attitude de la police est en train de changer. « En réalité, la police voulait porter des accusations contre l'officier qui m'avait agressé. Pour une fois, j'ai été invité à déposer une plainte; c'est donc un signe encourageant », a-t-il dit au CPJ.

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