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Des journaliste privés d'accréditation pour avoir réclamé justice en Ukraine

Reporters sans frontières condamne fermement la décision du Premier ministre, Mykola Azarov, de priver d'accréditation les journalistes qui avaient participé à une action de protestation silencieuse en marge du Conseil des ministres du 22 mai 2013. Les dix représentants de médias entendaient attirer l'attention du gouvernement sur l'impunité dont bénéficiaient les agresseurs de deux de leurs collègues, attaqués alors qu'ils couvraient des manifestations, quatre jours plus tôt.

“L'attribution des accréditations officielles aux correspondants de presse ne saurait en aucun cas être utilisée pour 'trier' les journalistes et renvoyer ceux qui expriment une opinion divergente de celle des autorités. La loi sur l'information prévoit explicitement que des journalistes ne peuvent être privés d'accréditation qu'en cas de 'violation grossière et répétée' dès règles de l'organisme. L'action de protestation incriminée, calme et silencieuse, n'empêchait pas le Conseil des ministres de faire son travail. Priver ses participants d'accréditation constitue une sanction disproportionnée et entachée d'arbitraire. Elle doit immédiatement être annulée”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Plutôt que de sanctionner les participants à cette action, le premier devoir des autorités devrait être de prêter attention à leur demande. L'impunité prévaut très largement dans les cas d'agressions de journalistes en Ukraine. Elle ne fait que nourrir l'augmentation alarmante des violences physiques à l'encontre des professionnels des médias : pas moins de 80 cas au cours de l'année 2012. Par l'attention qu'il a suscité, le cas d'Olga Snitsartchouk et de Vlad Sodel est devenu emblématique de cette situation et requiert la mobilisation des autorités. Mais au-delà, il est impératif que des enquêtes complètes et impartiales soient menées sur l'ensemble des agressions de journalistes et de blogueurs. A un niveau aussi élevé, l'insécurité et l'impunité ont un impact direct sur la liberté de la presse”, a ajouté l'organisation.

Le 22 mai 2013, alors que Mykola Azarov entamait son intervention devant le Conseil des ministres, dix journalistes présents pour couvrir l'événement se sont retournés silencieusement, révélant les pancartes accrochées dans leur dos, qui portaient l'inscription : “Aujourd'hui c'est une journaliste, demain ce sera votre femme, votre soeur, votre fille. Agissez !” Le Premier ministre a réagi avec emportement : “Qu'est-ce que c'est que ce concert ? Quittez la salle !” a-t-il crié, avant d'ordonner aux assesseurs de noter le nom des participants à l'action et de les priver d'accréditation. “Nous respectons le travail des journalistes, mais ne transformez pas cette réunion en cirque”, a-t-il justifié. Plus tard dans la journée, l'attaché de presse du Premier ministre a confirmé que des instructions avaient bien été données aux institutions compétentes pour priver d'accréditation les journalistes qui avaient “troublé l'ordre de la couverture du travail du Conseil des ministres”, y voyant “une exigence légale”. Les médias qui les emploient ont été priés de les remplacer par d'autres correspondants.

L'action des journalistes visait à protester contre l'agression d'un couple de collègues, la reporter de Pyaty Kanal Olga Snitsartchouk et le photo-journaliste de Kommersant-Ukraine Vladislav Sodel. Ils avaient été pris à partie alors qu'ils couvraient les débordements en marge de deux manifestations concurrentes, le 18 mai à Kiev : l'une des manifestations, emmenée par les trois principales formations d'opposition, réclamait la remise en liberté de l'ex-premier ministre Ioulia Timochenko ; l'autre rassemblait des partisans du Parti des régions, au pouvoir, derrière le slogan “Vers l'Europe, sans fascistes”. Les journalistes ont été passés à tabac par des jeunes sportifs assurant le service d'ordre de la manifestation progouvernementale, quand ces derniers se sont rendus compte qu'ils étaient filmés. Ce qui a particulièrement choqué le pays est l'inaction de policiers qui se trouvaient à proximité de la scène.

Plusieurs actions de protestation ont été menées par des journalistes le jour même et les jours suivants, pour exiger que les agresseurs soient identifiés et que l'inaction des policiers soit sanctionnée. Le ministère de l'Intérieur, qui avait initialement ouvert une enquête pour “blessures légères” (article 125-1 du code pénal), a finalement ajouté que des poursuites étaient également intentées sur la base de l'article 171 du code pénal (“faire obstacle aux activités professionnelles légales d'un journaliste”). Le 20 mai, la police a annoncé l'ouverture d'une enquête de service visant les policiers restés passifs durant l'agression.

L'une des sources de la colère des journalistes était également l'apparente lenteur de l'enquête vis-à-vis du principal suspect, rapidement identifié par la presse grâce aux réseaux sociaux et aux images de l'incident. Celui-ci a nié avoir agressé les journalistes, affirmant dans une vidéo qu'Olga Snitsartchouk était tombée et qu'il voulait seulement l'aider. Dans son rapport sur l'incident, le 22 mai, le chef de la police Vitaly Zakhartchenko a quant à lui protesté du niveau de professionnalisme de la police, affirmé que les troubles avaient été organisés par l'opposition et qu'Olga Snitsartchouk était présente en tant que manifestante et non comme journaliste. Selon les dernières information, le principal suspect aurait finalement été interpellé et inculpé de “hooliganisme” (article 296 du code pénal).

Les agressions de journalistes sont très fréquentes en Ukraine, en particulier en marge de manifestations. L'impunité prévaut dans environ 19 cas sur 20. Un an après la violente attaque du correspondant de Tochka.net Vitaliy Lazebnik, par exemple, l'enquête n'a toujours produit aucun résultat, alors que l'agresseur a aussitôt été identifié par des photographies de témoins.

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