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L'accès à l'information tombe au combat tandis que les troupes russes envahissent la Crimée

Des hommes armés inspectent les documents des journalistes autour de l’édifice du Parlement régional dans la ville Simféropol en Crimée, le 1er mars 2014
Des hommes armés inspectent les documents des journalistes autour de l’édifice du Parlement régional dans la ville Simféropol en Crimée, le 1er mars 2014

REUTERS/David Mdzinarishvili

Une manchette de CNN résume le tout : « Dans l'invasion 'en douceur' de la Crimée par la Russie, le combat porte sur l'information. »

Depuis que l'armée russe est entrée en Crimée – une république parlementaire autonome au sein de l'Ukraine – la liberté de l'information est étouffée de nombreuses manières.

D'après l'Institut de l'information de masse (Institute of Mass Information) (IMI), un groupe membre de l'IFEX basé à Kiev, « les chaînes de télévision locales de Crimée sont soumises à l'intimidation et sont menacées de cocktails Molotov, leur radiodiffusion est rendue techniquement impossible, on s'est emparé des bureaux de la rédaction, les opérateurs de caméras [sont] passés à tabac et les sites web [sont] visés par des attaques de déni de service distribué. »

Les troupes russes ont d'abord été déployées en Crimée le 26 février – moins d'une semaine après que le Président de l'Ukraine Victor Ianoukovitch eut fui Kiev et que le Parlement l'eut considéré comme ayant « démissionné ». Les perturbations politiques ont fait suite à des mois de protestations de masse qui ont commencé lorsque Ianoukovitch a refusé de ratifier des ententes commerciales conclues avec l'UE, et se sont poursuivies quand celui-ci a fait adopter une loi qui criminalisait la plupart des formes de dissidence.

À peine quelques jours après que Ianoukovitch eut abandonné son palais et qu'eut été fixée la date d'une nouvelle élection présidentielle pour l'Ukraine, des hommes armés se sont emparés du Parlement de la Crimée et y ont hissé le drapeau russe.

Le 1er mars, l'IMI a été informé que des inconnus armés bloquaient les routes de la péninsule de Crimée et qu'ils ne permettaient pas aux journalistes d'entrer dans la région.

Ces individus armés confisquaient les piles des appareils et les cartes de mémoire contenant des séquences filmées, et « menaçaient de tirer sans sommation si quelqu'un tentait de filmer. »

Les reporters qui travaillaient déjà en Crimée se sont heurtés à des obstacles similaires. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), des hommes masqués ont fait irruption et ont occupé le Centre du journalisme d'enquête à Simferopol, le 2 mars, dans un immeuble qui abrite également un syndicat local et un média sans but lucratif appelé Centre d'information et de presse.

En outre, l'IMI a appris que les journalistes criméens n'ont pas été autorisés à pénétrer à l'intérieur des édifices gouvernementaux, tandis que les médias russes l'ont été. Le groupe de défense de la liberté de la presse remarque que les journalistes tatars de Crimée sont particulièrement vulnérables aux pressions exercées par les autorités.

Mais les restrictions imposées à la liberté de la presse en Crimée ne se bornent pas simplement à limiter la capacité des reporters à travailler.

D'après Reporters sans frontières (RSF), la principale station de télévision indépendante de Crimée, Tchernomorskaïa, est privée de signal depuis le 3 mars. Connue pour sa couverture de la tension politique, Tchernomorskaïa est l'une des deux seules chaînes de télévision à diffuser dans la région. Le centre régional de transition de la radiodiffusion attribue l'interruption du signal à des raisons « qui nous échappent », mais s'est abstenu d'en dire davantage.

Dans une déclaration, le CPJ fait état des préoccupations de la rédactrice en chef de la station Aleksandra Kvitko à propos de l'interruption du signal. « Par l'interruption de Tchernomorskaïa, les résidents de la région se sont vu dépouillés de leur droit de choisir. Maintenant, nous devons tous n'avoir qu'une seule opinion, 'la bonne'. »

Entre-temps, RSF rapporte que le cabinet criméen a menacé de suspendre la retransmission locale des stations de télévision ukrainiennes parce qu'elles « créent l'illusion d'une intervention militaire ».

« Nous rappelons à toutes les parties au conflit qu'elles ont le devoir de protéger les journalistes et qu'elles doivent leur permettre de travailler sans entraves », dit le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire.

« Ceux qui détiennent le pouvoir en Crimée et les milices armées qui contrôlent la région doivent tout mettre en œuvre pour assurer que les médias locaux peuvent reprendre leurs opérations, pour restaurer l'infrastructure des communications et pour lever les obstacles qui empêchent certains journalistes d'entrer dans la péninsule. »

L'organisation a également dénoncé la violence déployée récemment contre les journalistes qui couvraient la situation dans d'autres régions de l'Ukraine, et a cité les cas d'un reporter de Radio Svoboda qui a été passé à tabac et contraint de s'agenouiller et d'embrasser le drapeau de la Russie lors d'une manifestation le 1er mars à Kharkiv, et de journalistes de la station de télévision Pershy Dilovy et de l'agence de nouvelles URA-Inform.Donbassnews qui ont été tabassés le lendemain à Donetsk tandis qu'ils couvraient un meeting.

Dans une déclaration, l'IMI appelle les journalistes internationaux et les organisations de revendication à se montrer critiques de ce que disent les médias russes et à « vérifier de manière exhaustive les informations émanant des chaînes de télévision russes concernant la Crimée, avant de les retransmettre ».

L'IMI demande également que les journalistes encouragent la Fédération de Russie et « les autorités auto-proclamées de la République autonome de Crimée » à mettre fin à la discrimination à l'égard des journalistes et « à obtenir des conditions de travail égales et appropriées pour tous les médias. »

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