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Les autorités ukrainiennes et russes multiplient les arrestations de journalistes

Des séparatistes pro-russes vérifient un journaliste sous la menace d’une arme à Donetsk, le 6 mai 2014
Des séparatistes pro-russes vérifient un journaliste sous la menace d’une arme à Donetsk, le 6 mai 2014

REUTERS/Konstantin Chernichkin

Les autorités ukrainiennes et russes ont procédé à de nouvelles arrestations de journalistes dans le cadre de leurs activités, respectivement dans le Donbass et en Crimée, entre le 16 et le 19 mai 2014.

Deux journalistes du média russe Lifenews, Oleg Sidiakine et Marat Saïtchenko, ont été arrêtés par les forces militaires ukrainiennes lors d'une "opération antiterroriste" près de l'aérodrome de Kramatorsk le 18 mai 2014. Dans le même temps, au moins six journalistes ont été interpellés et interrogés, parfois très violemment, par les services de sécurité russes à Simferopol lors des manifestations pour la commémoration du 70ème anniversaire de la déportation des Tatars de Crimée par Staline.

“Il est inadmissible qu'un journaliste, quelle que soit la ligne éditoriale ou l'orientation politique de son média, soit privé de liberté en raison de la couverture d'événements non-autorisés par les autorités sur place”, déclare Lucie Morillon, directrice de la recherche de Reporters sans frontières. “La couverture médiatique d'un événement, qu'il soit légal ou non, ne peut pas être assimilée à une participation à ce dernier, et ne peut en aucun cas être reprochée légalement aux journalistes.”

“Dans la mesure où la présence d'Oleg Sidiakine et de Marat Saïtchenko auprès des rebelles ne serait justifiée que par leur travail journalistique, quel que puisse être leur traitement des événements, nous enjoignons les autorités ukrainiennes, et plus particulièrement le SBU, à relâcher dans les plus brefs délais les deux journalistes. Nous appelons également les autorités russes à appliquer la résolution de l'ONU sur la nécessité de la protection des journalistes dans le cadre de la couverture des manifestations pacifiques, et à la faire respecter par les forces de l'ordre et les 'milices d'auto-défense' en Crimée. Dans un contexte de crise entre la Russie et l'Ukraine, des solutions politiques ne pourront être trouvées que si la liberté d'information est respectée afin que toutes les voix du débat puissent se faire entendre”, précise-t-elle.

Deux journalistes russes arrêtés lors d'une "opération antiterroriste" des forces armées ukrainiennes

Arrêtés en même temps que le goupe de rebelles anti-Kiev qu'ils accompagnaient pour filmer leurs activités, le correspondant du média russe pro-gouvernemental Lifenews, Oleg Sidiakine, et son cameraman, Marat Saïtchenko, ont été ensuite transférés auprès du Service de sécurité nationale (SBU) afin que ce dernier mène une enquête sur les raisons de leur présence aux côtés des rebelles.

La secrétaire-adjointe du Conseil ukrainien de sécurité nationale et de défense, Viktoria Sioumar a déclaré le lendemain que les deux journalistes “appartenaient au groupe terroriste” et que les procédures légales seraient respectées. Elle a ajouté qu'ils étaient “un exemple patent d'assistance au terrorisme par l'accompagnement médiatique” et que “la participation à une conspiration terroriste, l'aide apportée aux terroristes - ce n'est pas du journalisme”. Le 20 mai, elle a annoncé que des missiles anti-aériens se trouvaient dans le coffre de la voiture qu'ils avaient utilisée, et confirmaient leur soutien aux activités terroristes des rebelles.

Le journaliste russe indépendant, Arkadiï Babtchenko, a souligné que la présence de ces armes dans la voiture ne signifiait pas que les deux journalistes étaient impliqués dans le transport et/ou la manipulation de ces armes. Après les événements de Maïdan largement couvert par les médias, il a insisté sur l'impossibilité d'assimiler les activités journalistiques couvrant les actions violentes des rebelles à un soutien au terrorisme.

Six journalistes arrêtés par les forces de l'ordre russes et les "milices d'autodéfense" en Crimée

Le célèbre journaliste de la chaîne de télévision en ligne CrimeanOpenCh, Osman Pachaev, et son cameraman turc, Djenguiz Kizguine, ont été arrêtés par une "milice d'autodéfense" alors qu'ils filmaient une manifestation dans la capitale de la péninsule. Osman Pachaev déclare avoir été détenu pendant dix heures sans pouvoir être assisté d'un avocat et avoir subi un interrogatoire marqué par des pressions psychologiques. Son matériel lui a été confisqué. Le lendemain, le journaliste de la chaîne de télévision indépendante russe Dojd', Petr Rouzavine, a été interpellé par une autre "milice d'autodéfense" alors qu'il filmait la place principale de Simferopol. Après avoir effacé sur leurs ordres le contenu de sa carte mémoire, il a été interrogé et frappé à deux reprises. Ses informations personnelles ont été copiées et son matériel a été endommagé.

Des arrestations ont également été menées par les forces de l'ordre régulières russes. Le 18 mai, le correspondant de la plateforme d'information Real'nost'.com, Arthur Moriakov, a été retenu pendant quatre heures par les forces spéciales de la police russe. Suite à un interrogatoire violent, il souffre d'une luxation de l'épaule. La veille, le correspondant du journal polonais Gazeta Wyborcza, Vatslava Radzivinovitch, a été arrêté par le Service fédéral de la sécurité (FSB) dans un café de Simferopol, accusé de ne pas être celui qu'il prétendait être, alors même qu'il avait tous ses papiers en règle avec lui. Deux autres journalistes qui l'accompagnaient ont également été arrêtés : le correspondant du journal de Kiev Dien' en Crimée Nikolaï Semena, et le photoreporter Leniaro Abiboulaïev. Après avoir copié leurs informations personnelles, le FSB les a relâchés.

Dans un climat de très fortes tensions entre la communauté tatare et les autorités russes suite au rattachement de la péninsule à la Russie le 18 mars 2014, l'Assemblée des Tatars de Crimée (Medjilis), avait été contrainte d'annuler sa grande manifestation commémorant la déportation de leur peuple par Staline en 1944, suite au décret des autorités de Crimée interdisant toute action de masse jusqu'au 6 juin. Seul un rassemblement avait été autorisé dans les faubourgs de Simferopol, alors que le centre de la ville était quadrillé par la police et les "milices d'autodéfense". Dès le 15 mai, les forces de sécurité avaient exercé des pressions sur des journalistes déjà présents pour couvrir l'événement. Certains ont été menacés et d'autres ont vu leur matériel confisqué ou endommagé.

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