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Ahmed Mansoor: La conscience des Emirats arabes unis

Il a été battu, interdit de voyager, agressé et a résisté à des tentatives de piratage très sophistiquées. Le célèbre défenseur de droits de l'homme émirati Ahmed Mansoor n'a jamais abandonné. Il est en état d'arrestation depuis mars 2017 et est actuellement jugé sans avocat.

30 novembre 2011. L'activiste politique Ahmed Mansoor parle à Reuters à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis. REUTERS / Nikhil Monteiro

« Le seul moyen de contrer la répression est de la révéler. »


Mansoor dans une interview pour The Independent en octobre 2015, après avoir reçu le prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains.

Ahmed Mansoor est l'un des défenseurs de droits de l'homme les plus connus du Golfe. En 2015, il a été sélectionné par un jury de dix organisations mondiales des droits humains pour recevoir le Prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains, qui le décrit comme « l'une des rares voix aux Émirats arabes unis (E.A.U) qui fournit une évaluation indépendante crédible de la situation des droits humains dans le pays. »

Aux premières heures du 20 mars 2017, Mansoor a été arrêté après qu'une douzaine d'agents de sécurité émirati ont pris d'assaut sa maison à Ajman, l'un des émirats des EAU. Pendant plus d'un an, sa localisation était inconnue et il lui était interdit d'appeler sa famille. Sa femme n'a été autorisée à lui rendre visite que deux fois, brièvement et sous stricte surveillance, les 3 avril et 17 septembre 2017.

Le 12 avril 2018, il fut finalement révélé que Mansoor avait été traduit en justice. À la surprise générale, son procès avait déjà commencé en mars 2018. Mansoor, dont la photo sur Twitter est celle d'un autre activiste émirati également en état d'arrestation, le Dr Nasser Bin Ghaith, est accusé par les autorités des EAU d'utiliser les sites Web de médias sociaux pour « publier de fausses informations qui portent atteinte à l'unité nationale ».

Peu après son arrestation, des experts des droits humains de l'ONU ont déclaré qu'ils « considèrent l'arrestation et la détention de M. Mansoor comme une attaque directe contre le travail légitime des défenseurs des droits humains aux EAU », ajoutant que « le travail remarquable de M. Mansoor dans la protection des droits humains et les progrès de la démocratie, ainsi que sa collaboration transparente avec les mécanismes de l'ONU, sont d'une grande valeur non seulement pour les EAU mais aussi pour toute la région ».

Au moment de la rédaction de ce papier, le procès de Mansoor est toujours en cours. Le Centre des droits humains du Golfe (GCHR) a été informé qu'une deuxième audience a eu lieu le 11 avril 2018. Mais comme Mansoor n'a pas d'avocat qui le défend, aucun détail sur les charges exactes n'est encore disponible.

Actif depuis 2006, Mansoor a été sous le feu des projecteurs pour avoir mené avec succès une campagne en 2006-2007 en faveur de deux personnes emprisonnées pour commentaires sociaux. Ces gens ont ensuite été libérés et leurs accusations abandonnées. Cela a même été suivi par le Premier Ministre des EA U qui a émis un ordre « de ne pas emprisonner les journalistes pour leur travail ».

En 2009, Mansoor a mené des actions pour s'opposer à un projet de loi sur les médias à l'étude par le gouvernement des EAU qui était largement considéré comme une menace à la liberté d'expression et à la liberté d'information. Il a lancé une pétition exhortant le président à ne pas approuver le projet de loi, qui a été suspendu par la suite.

Mansoor a également animé le site UAEHewar.net (Hewar, حوار, étant le mot arabe pour « dialogue »), qui a été à plusieurs reprises censuré par les autorités. Au cours de l'une de ces périodes de censure, en février 2010, Reporters sans frontières (RSF) a rapporté que « certains des contributeurs au site pensent que les autorités le bloquent afin de découvrir l'identité des propriétaires du site, qui se nomment eux-mêmes les 'intellectuels émiratis' ». En l'occurrence, Mansoor était l'un de ces intellectuels, bien qu'il ne soit pas le propriétaire du site.

Le 03 mars 2011, inspirés par le Printemps arabe, cinq intellectuels, dont Mansoor, ont lancé une pétition appelant à des réformes démocratiques aux EAU. Cela a conduit à leur arrestation trois mois plus tard, en juin 2011. Dans ce qui est devenu l'Affaire UAE5 (Les Cinq des EAU), ils ont été accusés par le gouvernement des EAU d' « insulter publiquement la direction des EAU ». Ils ont été condamnés à trois ans de prison mais libérés lors d'une amnistie présidentielle marquant la journée nationale des EAU en novembre 2011, après avoir passé près de huit mois en prison. Les quatre autres activistes arrêtés étaient Dr Nasser bin Ghaith, l'économiste émirati et maître de conférences à la section d'Abou Dhabi de l'Université Paris-Sorbonne, et les militants en ligne Fahad Salim Dalk, Hassan Ali al-Khamis et Ahmed Abdul Khaleq.

On croit également savoir que l'indignation et la pression internationales ont contribué à leur libération. Leur cas a été largement relaté dans la presse internationale et par Amnesty International, qui a inventé le terme « Les Cinq des EAU », les qualifiant de prisonniers d'opinion. Human Rights Watch (HRW), Front Line Defenders, Index on Censorship et le Réseau arabe pour l'information sur les droits humains (ANHRI) avaient également appelé à la libération de ces hommes, et plus de 70 comédiens ont signé une pétition lancée par Amnesty International lors du Festival d'Édimbourg de 2011. En raison de son statut d'universitaire, l'arrestation du Dr bin Ghaith a également été dénoncée par Scholars at Risk et le Comité des scientifiques inquiétés.

Mansoor a également été à plusieurs reprises une cible de piratage pour le gouvernement. En 2011, il a été attaqué « avec un logiciel espion sophistiqué conçu pour siphonner toutes sortes de données de son ordinateur ». En 2016, Mansoor a fait les gros titres des médias pour quelque chose qui était hors de son contrôle. Il a reçu un texte suspect sur son iPhone promettant des détails de la torture dans les prisons de l'Etat du pays. Mansoor, alors assez méfiant pour ne pas cliquer, envoya le message aux chercheurs du Citizen Lab qui déclarèrent qu'ils « avaient reconnu les liens comme appartenant à une infrastructure d'exploit connectée à NSO Group, une société de « cyber-guerre » basée en Israël qui vend Pegasus, un produit espion d' « interception légale » exclusif au gouvernement. Le scandale subséquent qui exposait les vulnérabilités dans iOS a conduit Apple à mettre à jour son système.

Comme mentionné, UAEHewar.net a été censuré à plusieurs reprises par les autorités. Le 14 mars 2010, Abdul Hamid Alkamiti, un avocat émirati et militant des droits humains, a déposé une plainte « auprès du procureur général de Dubaï contre l'Autorité de régulation des télécommunications, demandant la divulgation des raisons de la censure ». Le site Web a depuis été suspendu.

Mansoor a également écrit sur le sort des apatrides, connus dans la région comme bidoon (littéralement, « sans », comme dans « sans nationalité »). En fait, l'un des EAU5, Ahmed Abul Khaleq, était classé comme bidoon et n'avait donc pas la nationalité des EAU lors de son arrestation. Le 21 mai 2012, il a reçu un passeport des Comores et a été arrêté de nouveau par les autorités des EAU le lendemain. Forcé de choisir entre une expulsion permanente et une détention illimitée, Khaleq est parti pour la Thaïlande. Le jour de son départ, le 16 juillet 2012, les ÉAU ont révoqué son titre de séjour, empêchant ainsi son retour au pays.

Déporté les dissidents et les militants n'est pas inhabituel aux ÉAU, avec un autre activiste notable, Iyad El-Baghdadi, un activiste palestinien apatride résidant aux Émirats arabes unis, déporté après avoir été confronté au même choix qu'Abdul Khaleq. El-Baghdadi s'est rendu en Malaisie avant de se retrouver en Norvège, où il a demandé l'asile.

En 2016, Le Monde a rencontré un Mansoor fatigué qui a décrit les différentes méthodes de harcèlement utilisées contre lui. Ils y avait une interdiction de voyager, la surveillance, la disparition mystérieuse des sommes d'argent de ses comptes bancaires, des menaces de mort en ligne et même des passages à tabac par des « inconnus ».

Mansoor est également membre du Comité consultatif de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch et membre du Conseil consultatif du GCHR. Il détient un baccalauréat (Licence) en génie électrique et une maîtrise en télécommunications de l'Université du Colorado à Boulder, aux États-Unis.

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