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La libération du caméraman dont la santé est en constante détérioration est possible à condition qu'il soit interdit de pratiquer ses activités de journaliste, selon les autorités américaines

(RSF/IFEX) - Le 11 janvier 2002, plusieurs centaines d'individus capturés par l'armée américaine dans le cadre de l'opération "liberté immuable" en Afghanistan étaient transférés sur la base militaire de Guantanamo, à l'est de Cuba. Cette date a marqué la reconversion du site militaire en véritable bagne, où ont été détenus jusqu'à 770 individus, privés de toutes les garanties juridiques prévues par la Constitution des États-Unis et les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre. Parmi les quelque 300 personnes toujours détenues figure le caméraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, Sami Al-Haj, jamais inculpé. Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a pu se rendre à Guantanamo, au début du mois de janvier. Ce voyage donnera lieu à une publication dans le prochain numéro de "Médias".

"Nous demandons la libération de Sami Al-Haj ou son transfert vers son pays d'origine. D'ailleurs, des négociations sont actuellement en cours à ce sujet. Nous nous sommes rendus à Guantanamo pour pouvoir le rencontrer mais nous n'y avons pas été autorisés. Nous avons pu, en revanche, visiter les centres de détention et nous entretenir notamment avec des gardiens, les responsables de l'hôpital, les militaires en charge des revues administratives annuelles (ARB) et le commandant de la Joint Task Force de Guantanamo, le contre-amiral Mark H. Buzby", a indiqué Reporters sans frontières.

"Le scandale juridique et humanitaire incarné par Guantanamo dure depuis maintenant six ans. Pour quel résultat ? En l'absence de charges, 500 des prisonniers de la base en sont sortis, le plus souvent renvoyés vers leur pays d'origine. On comprend d'autant plus mal le maintien en détention de près de 300 personnes, alors que les autorités ont prévu d'en juger entre soixante et quatre-vingts. Or, le 30 juin 2006, la Cour suprême des États-Unis a justement déclaré anticonstitutionnels les tribunaux militaires d'exception destinés à juger les 'ennemis combattants' et, le 7 juin 2007, le Comité judiciaire du Sénat s'est prononcé en faveur du rétablissement de l'habeas corpus pour ces derniers. Il faut aller plus loin. Le vainqueur du scrutin présidentiel du 7 novembre prochain, qui prendra ses fonctions en janvier 2009, devra mettre fin à une situation humainement intolérable et juridiquement intenable. Nous appelons tous les candidats en lice pour le primaires à s'engager à fermer Guantanamo", a déclaré l'organisation.

Arrêté en décembre 2001 à la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises, Sami Al-Haj a été livré un mois plus tard à l'armée américaine et transféré sur la base de Guantanamo le 13 juin 2002. L'armée américaine l'a accusé d'avoir réalisé une interview clandestine d'Oussama Ben Laden, de s'être livré à du trafic d'armes pour le compte d'Al-Qaïda et d'avoir animé un site internet islamiste. Aucune preuve n'est jamais venue étayer ces griefs et aucune inculpation n'a jamais été prononcée contre le journaliste.

Régulièrement torturé, soumis à près de 200 interrogatoires par ses geôliers, Sami Al-Haj a entamé, le 7 janvier 2007, une grève de la faim pour protester contre sa détention et réclamer le respect de ses droits. En représailles, il a été nourri de force à plusieurs reprises. Selon son avocat, Clive Stafford-Smith, qui lui a rendu visite en juillet 2007, il a perdu dix-huit kilos et souffre de graves problèmes intestinaux. Il est également victime d'accès de paranoïa et présente de plus en plus de difficultés à communiquer normalement.

Deux des neuf prisonniers soudanais de Guantanamo ont été libérés au mois de décembre 2007. Selon un mémorandum récemment remis au gouvernement soudanais par l'administration américaine, les contreparties exigées à une remise en liberté de Sami Al-Haj seraient l'interdiction de reprendre ses activités de journaliste, et celle de sortir du territoire soudanais.

Le 15 décembre 2007, la CIA a annoncé avoir détruit des enregistrements vidéo d'interrogatoires de prisonniers détenus à Guantanamo et dans les prisons secrètes, malgré un ordre judiciaire de les conserver. Une enquête criminelle a été ouverte, le 2 janvier 2008, mais une semaine plus tard, le juge fédéral Henry H. Kennedy a fait savoir qu'il n'ordonnerait pas l'audition de l'ancien officier du renseignement José Rodríguez. Aux protestations du Congrès, le magistrat a répondu qu'il attendait les résultats de l'enquête diligentée en interne par le département de Justice. "Le New York Times" avait révélé, au mois de décembre, que quatre conseillers juridiques de la Maison Blanche avaient donné leur aval à la destruction des enregistrements compromettants.

Il y a plus de seize ans, Reporters sans frontières mettait en place le "parrainage" et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l'oubli.

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