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Romney contre Obama dans un affrontement sur la libre expression

Comment les deux candidats à la présidence des États-Unis se comparent-ils sur les questions de libre expression, qui ont passé en grande partie sous le radar lors des récents débats ? Nous présentons ici ce qu'ont dit et fait Barack Obama et Mitt Romney sur quelques-uns des principaux thèmes, depuis leurs positions respectives sur WikiLeaks jusqu'à la vie privée en ligne.

En vous basant sur leurs antécédents au chapitre de la libre expression, pour qui voteriez-vous ? Faites-nous-le savoir dans le sondage en ligne ci-dessous.

Willard "Mitt" Romney
Willard
Barack H. Obama
Barack H. Obama
Protection du droit d'auteur contre droits numériques

La Loi sur l’interruption du piratage en ligne (Stop Online Piracy Act, SOPA) et la Loi sur la protection de la propriété intellectuelle (Protect IP Act, PIPA) ont déclenché plus tôt cette année des manifestations massives de protestation et un black-out de l'Internet. Pourquoi ? Le libellé de ces lois, d'une grande portée, laissait entendre que des sites web pouvaient être fermés uniquement parce qu'un usager aurait pu y afficher quelque chose, si cela enfreint les droits de propriété intellectuelle.

"La loi telle qu'elle est rédigée est beaucoup trop intrusive, beaucoup trop expansive, beaucoup trop menaçante pour la liberté de parole et le mouvement de l'information sur Internet", a dit Romney après le black-out, pour exprimer son opposition autant à la SOPA qu'à la PIPA.

Mais ni Romney ni son parti ne se sont opposés à l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC) – également connu sous l'appellation "SOPA légère" – un accord international entre de nombreux pays industrialisés afin de combattre le piratage. Selon la Electronic Frontier Foundation (EFF), la législation oblige les hôtes des sites web à "policer" ceux qui affichent des matériaux dans leurs domaines. Reporters sans frontières (RSF) craint que cette législation ne serve à violer la vie privée et à traquer les dissidents, ainsi qu'à courir après les sites web qui permettent la liberté de parole anonyme face à la répression gouvernementale.

Bien qu'il ait déclaré plus tôt cette année qu'il n'appuirait ni la SOPA ni la PIPA dans leur forme actuelle, Obama adopte toujours une position de fermeté vis-à-vis des zones grises de l'Internet en ce qui concerne la violation du droit d'auteur. Selon le New York Times, au cours des deux dernières années l'administration Obama a fermé 800 sites web accusés de piratage.

Dans une affaire qui fait beaucoup de bruit, l'administration Obama tente d'obtenir l'extradition aux États-Unis de Richard O'Dwyer, un citoyen britannique de 24 ans, dont le site web TVshack.net serait lié à des sites qui diffusent des spectacles piratés. Les partisans de O'Dwyer, entre autres Jimmy Wales de Wikipedia, affirment que le fait de poursuivre quelqu'un qui héberge essentiellement un moteur de recherche constitue un dangereux précédent. O'Dwyer est passible de 10 ans de prison.

À la fin de 2011, Obama a donné son appui à l'ACAC mais les États-Unis n'ont pas encore ratifié le traité.

Liberté de réunion

En octobre 2011, tandis que se déroulaient à l'extérieur de New York de nouvelles manifestations du mouvement Occupy contre l'inégalité sociale et économique, Romney s'est fait demander ce qu'il pensait du mouvement Occupy. "Je pense que c'est dangereux – c'est de la lutte de classes", a-t-il dit aux reporters.

Une autre fois, quand on l'eut accusé de ne se préoccuper que du 1 pour 100, Romney a accusé les manifestants de "tenter de diviser la nation" et s'est écrié : "l'Amérique a raison, et vous avez tort !"

En dépit de la remarque désinvolte de Romney, les manifestants de Occupy ont mis à nu la nature ténue des droits à la liberté de parole et à la liberté de la presse aux États-Unis. Selon Reporters sans frontières (RSF), plus de 80 journalistes dans diverses villes ont subi des violences policières tandis qu'ils assuraient la couverture des manifestations d'Occupy.

Quand des manifestants d'Occupy l'ont interrompu dans son discours en novembre, Obama, ce qui est tout à son honneur, les a laissés dire ce qu'ils avaient à dire . Faisant allusion aux violentes arrestations et aux attaques contre les manifestants, ont-ils fait remarquer dans une déclaration, "Votre silence nous dit que la brutalité policière est acceptable."

Alors qu'Obama n'a toujours pas condamné publiquement la brutalité policière lors des manifestations non violentes, il a effectivement donné instruction aux agents chargés de l'application de la loi de s'abstenir d'arrêter les manifestants d'Occupy qui campaient sur des terrains appartenant au gouvernement fédéral à Oakland, en Californie. D'après des courriels rendus publics en août, la Maison-Blanche a indiqué que la police ne devait intervenir qu'en cas de menace pour la sécurité publique.

Libre expression contre diffamation de la religion

Après l'attentat perpétré pendant la nuit du 11 septembre 2012 contre le consulat des États-Unis à Benghazi, en Libye, qui sur le coup a semblé être des représailles au film anti-islamique L'Innocence des musulmans, Romney a exprimé son indignation à la suite d'une déclaration émise par l'ambassade des États-Unis au Caire.

Cette déclaration rejetait "les efforts d'individus malavisés en vue de froisser les sentiments religieux des musulmans", allusion à la vidéo, dans le but de reduire les tensions dans la région.

"Il est honteux que la première réponse de l'administration Obama ne soit pas de condamner les attaques contre nos missions diplomatiques, mais de sympathiser avec ceux qui se livrent à ces attaques", a déclaré Romney .

Romney a ajouté que l'ambassade avait émis "ce qui ressemblait à des excuses pour les principes américains, 'soulignant' nos droits constitutionnels à la liberté de parole, de réunion et de religion".

Romney pourrait cependant être moins soucieux de respecter les droits à la liberté de parole des musulmans. En 2006, il a tenté d'empêcher une conférence publique présentée à Harvard par l'ancien Président iranien Mohammed Khatami en ordonnant aux agences d'État de n'offrir aucune sécurité. Romney avait accusé Khatami, de tendance modérée, d'être un extrémiste et avait qualifié la visite de "honte". L'Université Harvard a passé outre et a tenu l'événement , comptant sur la collaboration des polices locale et fédérale, et a justifié sa décision en indiquant qu'une bonne politique est informée par le débat ouvert.

La déclaration de l'ambassade que Romney a critiquée de façon aussi énergique avait en fait été rendue publique avant l'attentat contre les missions diplomatiques et n'a jamais reçu l'aval d'Obama. Néanmoins, lorsque la nouvelle est arrivée que quatre Américains avaient été tués dans l'attentat contre le consulat des États-Unis à Benghazi, Obama a fait le lien entre les questions, a condamné l'attentat absurde tout en disant que les États-Unis "rejettent les efforts de dénigrement des croyances religieuses des autres". Plus troublant encore, la Maison-Blanche a demandé à Google d'étudier la possibilité de retirer la vidéo offensante de son site web sur YouTube.

Deux semaines plus tard, Obama a fait un virage à 180 degrés. Dans un discours prononcé devant l'Assemblée générale des Nations Unies, Il a vigoreusement défendu la libre expression, entre autres le droit individuel à "jurer contre nos croyances les plus sacrées." "L'arme la plus puissante contre le discours haineux n'est pas la répression, c'est toujours plus de liberté de parole", a-t-il dit le 25 septembre.

Financement des médias indépendants, des arts et des lettres

Lors du premier débat présidentiel, Romney promis d'éliminer le financement du service de radiodiffusion publique Public Broadcasting Service (PBS). Le mandat de PBS est d'améliorer les capacités de lecture et d'écriture chez les enfants, d'initier aux arts et d'informer les Américains sur divers sujets dont les affaires publiques, l'histoire et les sciences. Le financement de la chaîne par le gouvernement coûte à chaque Américain environ 1,35 $ par année, selon PBS.

Romney, conformément à la position de son parti, a en outre proposé d'éliminer une autre enreprise médiatique, National Public Radio (NPR), ainsi que la National Endowment for the Arts (NEA) et la National Endowment for the Humanities (NEH), selon ce que rapporte CNN. La NEA dispense des subventions – et donc des emplois – aux artistes des arts visuels, aux cinéastes, aux productions théâtrales et autres activités. La NEH, pour sa part, soutent les universités, les auteurs, les universitaires, les musées, les archives et autres.

Obama a indiqué qu'il maintiendrait le financement de PBS et de la NPR. Son budget de 2011-2012 a réduit les fonds à la NEA de 13,3 pour 100. Il a effectué récemment un virage à 180 degrés, cependant, pour le prochain budget, pour lequel il a annoncé une augmentation de 5,5 pour 100 pour la NEA et la NEH.

En 2011, l'administration Obama a exprimé son soutien à la Corporation for Public Broadcasting (CPB), créée par le Congrès en 1967 et qui finance des stations communautaires locales, des émissions qui s'adressent aux minorités et d'autres stations indépendantes de télévision et de radio. "La CPB remplit un important objectif public en appuyant la radio et la télévision publiques ainsi que des services en ligne et mobiles connexes", a déclaré l'administration.

WikiLeaks et la sécurité nationale

Romney n'a formulé aucun commentaire particulier sur le lanceur d'alerte en ligne WikiLeaks, qui a coulé des câbles diplomatiques classifiés des États-Unis et qui a révélé des crimes de guerre commis par l'armée américaine en Irak et en Afghanistan. Certains membres importants du Parti républican ont cependant adopté une attitude agressive à l'égard du fondateur de Wikileaks, Julian Assange, le qualifiant de "terroriste".

Romney a éludé de manière répétée les questions sur Bradley Manning, le soldat qui serait la source des câbles diplomatiques confidentiels américains et qui fait maintenant l'objet de poursuites pour trahison. Romney a dit ne pas connaître les détails et ne pense pas qu'il devrait offrir de commentaire sur une affaire judiciaire en particulier. Les défenseurs de Manning affirment que son silence sur la question indique qu'il n'interviendrait pas pour mettre fin aux persécutions politiques de l'armée américaine contre Manning.

Peu après que WikiLeaks eut publié les câbles diplomatiques confidentiels des États-Unis, en novembre 2010, la Maison-Blanche a émis une directive interdisant aux employés fédéraux non autorisés d'y accéder. La Bibliothèque du Congrès et le Département d'État ont répondu quelques heures plus tard en bloquant l'accès à WikiLeaks sur leurs ordinateurs. L'armée de l'air des États-Unis a bloqué l'accès à WikiLeaks ainsi qu'aux sites web des cinq journaux qui avaient collaboré étroitement avec le lanceur d'alerte en ligne pour la publication des câbles.

Sous la direction d'Obama, le gouvernement américain continue de tenter d'obtenir l'extradition d'Assange aux États-Unis, où il il pourrait être passible de la prison à vie ou même, craignent certains, de la peine de mort.

En 2011, Obama a déclaré que Manning, qui est détenu depuis juin 2010, "avait enfreint la loi." La déclaration a été faite en dépit du fait que Manning n'a même jamais comparu devant un tribunal. Manning est détenu en isolement cellulaire depuis presque les tout débuts, ce qui a incité le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture à qualifier son traitement "de cruel, inhumain et dégradant."

L'attitude sévère d'Obama sur les questions de sécurité se reflète aussi dans le traitement réservé à Ibrahim Jassam, un journaliste accusé d'avoir distribué des matériaux sur les attaques des insurgés. Celui-ci a été détenu sans procès pendant plus d'un an et demi. Les forces militaires américaines l'ont finalement relâché en 2010. Selon le CPJ l'armée américaine détient au moins 14 journalistes sur la foi d'accusations non existantes ou d'accusations bidon.

Vie privée en ligne

Les campagnes d'Obama et de Romney rassemblent des renseignements sur les habitudes en ligne des électeurs afin de déterminer comment on devrait les cibler. Comme l'explique Amy Goodman de "Democracy Now!" , "Les campagnes d'Obama et de Romney achètent une quantité sans précédent de renseignements personnels, notamment l'intérêt pour les sites religieux, pour les sites pornographiques, les préférences pour certains produits, la situation financière, les affiliations aux médias sociaux et si l'électeur a des amis gais."

En plus de puiser dans les réseaux en ligne pour obtenir des données sur les électeurs potentiels, l'administration Obama puise des renseignements pour des raisons de sécurité, indiquent l'EFF et l'American Civil Liberties Union (ACLU). La surveillance de l'Internet et du téléphone, à savoir les échanges sans souci du contenu – qui scrute le temps passé au téléphone et les numéros composés de même que les sites visités et les échanges de courriels des abonnés – a quadruplé sous la présidence d'Obama, indique l'ACLU. En juillet 2012, l'EFF a révélé que les organismes d'application de la loi avaient formulé en 2011 des millions de demandes de données sur des usagers de téléphones portables, recherchant n'importe quoi, depuis les messages textes jusqu'aux données sur les abonnés.

Par ailleurs, le gouvernement Obama a eu recours de manière répétée à la législation sur les "secrets d'État" pour bloquer des requêtes des tribunaux qui demandaient la divulgation de renseignements sur les écoutes électroniques illégales effectuées sous l'administration Bush, et probablement sous la sienne, selon ce qu'indiquent certaines dépêches.

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Despite receiving death threats, journalist Caddy Adzuba continues her work campaigning for #DRC's rape survivors… https://t.co/ybkifCfXrB