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Arrestations de deux opposants pour des propos tenus en public

(RSF/IFEX) - Les arrestations pour des déclarations en public de deux opposants notoires du président Hugo Chávez, ajoutées aux nouvelles intentions gouvernementales en matière de régulation d'Internet, soulèvent de sérieuses inquiétudes pour l'avenir de la liberté d'expression au Venezuela. L'amalgame tragique des autorités entre une critique ou une attaque verbale et un acte de "conspiration contre l'État" pose désormais la question: qu'est-il encore permis de dire sur le pays et son président?

Invité à s'exprimer le 8 mars 2010 sur la chaîne privée Globovisión, l'ancien gouverneur de l'État de Zulia, Oswaldo Álvarez Paz, a déclaré que "le Venezuela était devenu une plaque tournante du narcotrafic". Le 21 mars, au cours de l'assemblée générale de la Société interaméricaine de presse (SIP) sur l'île d'Aruba, Guillermo Zuloaga, propriétaire de cette même chaîne très critique envers le gouvernement d'Hugo Chávez, a notamment dénoncé "l'absence de liberté d'expression quand un gouvernement utilise sa force pour réprimer et fermer des médias, quand il y a plus de 2000 'cadenas' et quand le président use de son autorité pour manipuler l'opinion publique".

Accusé pour ses propos d'"incitation au délit", de "conspiration" et de "diffusion de fausse information", Oswaldo Álvarez Paz est en prison depuis le 22 mars. Il encourt de deux à seize ans de prison. Arrêté puis remis en liberté provisoire avec interdiction de quitter le territoire, le 25 mars, Guillermo Zuloaga risque quant à lui de six à trente mois de prison pour "offense au chef de l'État" (peine augmentée d'un tiers en cas de déclaration en public) et de deux à cinq ans de prison pour "incitation à la panique collective au moyen de fausses informations par voie de presse".

La qualification du délit est deux fois infondée dans le cas d'Oswaldo Álvarez Paz. Car où se situent l'"incitation au délit" et la "conspiration" dans les paroles qu'il a prononcées? L'accusation d'"incitation à la panique collective" est également dépourvue de fondement dans la procédure ouverte contre Guillermo Zuloaga au vu de ses déclarations. L'"offense au chef de l'État", héritage monarchique abandonné ou supprimé dans la majorité des pays démocratiques, rend une condamnation quasi automatique. La question de la compétence territoriale d'une juridiction est également posée si l'on admet que Guillermo Zuloaga n'a pas prononcé ses paroles en territoire vénézuélien. La justice de l'île d'Aruba aurait dû être saisie.

Le propriétaire de Globovisión, sous le coup d'autres procédures judiciaires, traîne un lourd passé en raison de son soutien au coup d'État contre le président Hugo Chávez en avril 2002, avec d'autres patrons de presse. Il n'a néanmoins jamais été jugé ni condamné à un moment où le délit de "conspiration" semblait constitué.

Encore une fois, le règlement de comptes politiques sert d'argument à une reprise en main du paysage médiatique quand le gouvernement est en difficulté et confronté au mécontentement. Le président Hugo Chávez veut maintenant que ce contrôle s'étende à Internet, où il doit inaugurer son blog.

Que le chef de l'État ouvre un blog est son bon droit. Est-il pour autant nécessaire de justifier cette démarche en promettant un "bombardement sur le réseau"? Le vocabulaire guerrier d'un président censé garantir la paix civile ressemble beaucoup aux "incitations" qu'il impute à ses opposants.

Surtout, l'offensive promise par les pouvoirs publics sur Internet intervient après la publication de commentaires fallacieux sur le site Noticierodigital, très vite retirés du forum. Il ne s'agissait pas d'articles de la rédaction du site, dont la bonne foi n'est pas en cause. Injustifié, le contrôle annoncé de la Toile est à l'image d'une volonté d'emprise totale sur les médias : inutile et dangereux. Il est impossible d'empêcher complètement la diffusion de fausses nouvelles. Et en l'occurrence, quel est le critère définitif de vérité?

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