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Nouvelle procédure ouverte sur ordre présidentiel contre le site Noticiero Digital

(RSF/IFEX) - Le parquet (Fiscalía) général de la République a engagé, le 8 juin 2010, des poursuites contre le site d'informations Noticiero Digital pour de présumés "atteinte à l'ordre constitutionnel" et "soutien à un coup d'État". Cette procédure fait suite à une demande directe qu'avait formulée le président Hugo Chávez quarante-huit heures auparavant dans son programme dominical "Aló Presidente". Les mêmes motifs et circonstances ont valu au site de tomber sous le coup de la justice en mars dernier.

S'il est vrai que les remontrances du chef de l'État contre un média réputé critique s'arrêtent souvent au stade de la menace, il est tout de même inquiétant que la justice s'exécute ainsi sur simple demande présidentielle. Ce fait du prince porte directement atteinte aux principes de séparation des pouvoirs et d'indépendance de l'autorité judiciaire. Il est tout aussi inquiétant que le moindre commentaire ou chronique – quelle que soit la valeur de l'information ou du point de vue exprimé – désigne automatiquement le média qui le publie comme un "ennemi" ou un "danger".

A l'origine de cette nouvelle procédure, une tribune, publiée sur le site Noticiero Digital le 2 juin et signée de Roberto Carlos Olivares, fait état d'une mobilisation de "militaires à la retraite et de patriotes" avec pour objectif une "transition civico-militaire" au sommet du pouvoir à l'horizon 2011. Dans ce texte, très véhément, l'auteur exprime, il est vrai, son souhait de voir une telle "transition" aboutir. Or cette opinion est là pour susciter le commentaire et on ne peut en conclure que le média Noticiero Digital "appelle au coup d'État". Alors que le président Hugo Chávez dispose lui-même d'un très large appareil médiatique – incluant désormais un compte Twitter et un blog – pour répliquer et discourir en permanence, cette procédure relève de l'intimidation et de l'encouragement à l'autocensure.

Dans l'entretien qu'il nous a accordé (lire ci-dessous), le directeur de Noticiero Digital, Juan Eduardo Smith, met en cause une "réaction chaque fois plus forte du gouvernement à toute opinion contraire à sa vision du monde".

-Quel est l'impact de Noticiero Digital ?
Noticiero Digital est un portail d'actualités et d'opinions avec une participation importante des internautes. Plus de 120 000 d'entre eux sont inscrits, abordent des sujets tous les jours et les commentent dans nos forums libres. De cette manière, en termes de trafic, Noticiero Digital est la 6 450e page du monde et le troisième portail d'actualités du pays. Par ailleurs, plus 120 chroniqueurs nous envoient leurs tribunes ou nous autorisent à les reproduire. Plus de 26 000 personnes nous suivent également sur Twitter ainsi qu'un groupe croissant de blogueurs.

-Que s'est-il passé en mars dernier, lorsque le site a fait l'objet d'une première procédure ?
Courant mars, le président Chávez a demandé au parquet général de la République d'ouvrir une enquête à l'encontre de Noticiero Digital pour deux commentaires écrits par deux internautes [il s'agissait d'une fausse information concernant la mort du ministre Diosdado Cabello et d'autres fonctionnaires]. A ce moment-là, Noticiero Digital avait fait savoir qu'il s'agissait de deux internautes inscrits quelques minutes avant de poster leurs messages en ligne et que ceux-ci avaient été éliminés par notre modérateur en un laps de temps de trois heures, sachant que la moyenne internationale pour ce genre de cas est de vingt-quatre à quarante-huit heures.

-Et à présent, une autre procédure est engagée contre vous. . .
Dimanche 6 juin, le président Chávez a demandé – à travers son programme dominical – d'ouvrir une enquête sur Noticiero Digital pour un article publié par un de nos chroniqueurs le 2 juin dernier. Les chroniqueurs signent leurs articles de leurs nom et prénom. Dans un communiqué publié lundi dernier, nous indiquons que nous ne censurons pas nos chroniqueurs et d'ailleurs nous devons jouer un rôle tout à fait contraire : il s'agit de permettre le flux libre d'informations et d'opinions dans l'hypothèse que, de cette manière, surgira la vérité des faits.

-Croyez-vous que le gouvernement vise en particulier Noticiero Digital ? Vous attendez-vous à une sanction officielle ?
Nous ne pouvons pas le garantir. Cependant, il est vrai que le gouvernement d'Hugo Chávez réagit de plus en plus fortement aux opinions contraires à sa vision du monde. C'est bien pour cela que le slogan du président Chávez est "la patrie socialiste ou la mort". Nous avons d'ailleurs vu récemment deux cas emblématiques : celui du dirigeant politique Oswaldo Álvarez Paz et celui de Guillermo Zuloaga, président de Globovisión. Nous n'attendons aucun type de sanction et réitérons que nous sommes prêts à collaborer à n'importe quelle enquête.

-Croyez-vous que ce genre de procédures provoque l'autocensure? Noticiero Digital s'est-il autocensuré pour éviter de déplaire au gouvernement ?
Nous ne nous sommes pas autocensurés. Nous maintenons intactes notre ligne éditoriale et notre politique de modération des forums, que nous considérons comme raisonnables. Le seul changement que nous avons opéré lors de la première procédure a été de fermer de manière temporaire l'inscription de nouveaux internautes. Les forums continuent également avec le même niveau d'activité, forums qui, d'ailleurs, ont pour particularité de susciter des discussions entre des internautes proches du gouvernement et de l'opposition, ou ceux qui ne sont ni d'un côté ni de l'autre. C'est un pas dans la bonne direction compte tenu du degré élevé de polarisation qui existe dans le pays.

-Noticiero Digital a-t-il reçu le soutien d'autres sites Web et des internautes au Venezuela dans ces affaires ? Ou au contraire se sont-ils tenus à l'écart ?
Oui, nous avons reçu leur soutien et de plus, les demandes d'enquête contre Noticiero Digital ont été fortement reprises par les médias à ce moment-là, à échelle nationale et internationale. Et nous avons également pu compter sur le soutien de nos internautes, au Venezuela ou à l'étranger.

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