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La réélection de Hugo Chávez est-elle une bonne nouvelle pour la libre expression au Venezuela ?

Les organisations vénézuéliennes de défense des médias Periodistas por la Verdad et Instituto Prensa y Sociedad Venezuela offrent des points de vue opposés sur ce que signifie pour la libre expression le prochain mandat de six ans du Président Hugo Chávez

Le Président Hugo Chavez du Venezuela fête sa réélection à la suite du scrutin du 7 octobre, où il a obtenu 54 pour 100 des voix.
Le Président Hugo Chavez du Venezuela fête sa réélection à la suite du scrutin du 7 octobre, où il a obtenu 54 pour 100 des voix.

Jorge Silva/REUTERS

OUI

Marco Hernández, Periodistas por la Verdad (Journalistes pour la Vérité)

La réélection de Hugo Chávez renforcera les formes les plus directes de la liberté d'expression au Venezuela – en regroupant les médias alternatifs et la production de contenu indépendant.

L'accessibilité des sources de ces médias alternatifs a fait que de nombreux citoyens, qui auparavant n'avaient aucune voix, ont maintenant la possibilité de s'exprimer par écrit ou de prendre la parole grâce aux médias électroniques.

À la suite des initiatives prises par le gouvernement Chávez, les journalistes indépendants et les groupes communautaires peuvent maintenant exploiter des médias électroniques. Ce qui a permis l'émergence de communications plus participatives et plus actives qui proviennent du sein même des communautés. Par exemple, 240 médias alternatifs, qui consistent en 180 stations de radio communautaires et 60 stations de télévision, fonctionnent actuellement au Venezuela. Ces médias représentent 33 pour 100 de tous les radiodiffuseurs du pays.

Par ailleurs, la programmation radiophonique et les matéraux audiovisuels bénéficient du soutien de la Loi sur la responsabilité sociale des radios, télévisions et autres médias électroniques, qui prévoit des fonds pour des projets entrepris par des producteurs indépendants. Depuis 2006, 340 projets audiovisuels et 230 projets de radio ont été financés, dont un grand nombre ont été par la suite radiodiffusés autant par des médias privés que par des médias de service public.

Il est paradoxal que, dans un pays où la liberté d'expression est considérée comme étant en danger, on ait délivré 120 permis d'exploitation de radio privée au cours des 12 dernières années, soit plus que sous aucun autre gouvernement précédent.

Le gouvernement Chávez a aussi priorisé l'Internet, ce qui se reflète dans la croissance de son utilisation. Le nombre des usagers de l'Internet au Venezuela approche les 10 millions – l'usage le plus élevé par habitant des Amériques – ce qui entraîne également l'accroissement considérable des médias en ligne.

Même au chapitre de l'imprimé, le Venezuela, contrairement au Chili ou à l'Argentine, affiche de la croissance et non pas des fermetures. Plusieurs nouveaux quotidiens hostiles au gouvernement, notamment Tal Cual et Sexto Poder, ont été fondés pendant que Chávez était au pouvoir.

Il ne fait pas de doute que la liberté d'expression a été renforcée sous le pouvoir de Chávez. La démocratisation de l'information et des communications est l'un des principes directeurs fondamentaux de son gouvernement.

Avant Chávez, l'information et les communications étaient contrôlées par l'élite politique et économique du pays. Quelques individus privilégiés avaient accès à l'information, tandis que la plupart des citoyens n'étaient que de simples spectateurs, de simples consommateurs de nouvelles.

Aujourd'hui, les universitaires, les journalistes et les propriétaires de médias ne sont plus les seuls à exercer leur droit de s'exprimer. Les citoyens ordinaires du Venezuela peuvent s'exprimer davantage sur ce qui les intéresse ou ce qui les préoccupe, sans aucune limite.

Marco Hernández est journaliste et Directeur de l'organisation non gouvernementale Periodistas por la Verdad. Fondée en 2002, Periodistas por la Verdad rassemble des journalistes qui ont pour vision de pratiquer leur profession d'une manière éthique, et de représenter le pluralisme des voix.

NON

Marianela Balbi, Instituto Prensa y Sociedad (IPYS) Venezuela (Institut pour la presse et la société, Venezuela)

Rien ne laisse espérer que la situation de la libre expression au Venezuela s'améliorera pendant le prochain mandat de six ans du Président Hugo Chávez.

Quelques jours à peine après la réélection de Chávez, des représentants de l'Assemblée nationale ont annoncé une modification à la Loi sur la responsabilité sociale à la radio, à la télévision et dans les médias électroniques, pour en étendre la portée afin d'inclure la télévision par câble et les médias numériques, ainsi que les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter. C'est là un signal clair que le gouvernement entend contrôler encore plus les médias et les canaux de communication qu'utilisent de nombreux Vénézuéliens.

Sous Chávez, on a assisté au regroupement du Système national des médias publics. Nous avons maintenant un conglomérat de communications composé de quatre stations de télévision capables de joindre toutes les régions du pays, ainsi qu'une station de télévision locale et une internationale; trois stations de radio qui assurent une couverture nationale, deux locales et une internationale; une agence de nouvelles et quatre journaux nationaux. À notre avis, l'État a transformé ce groupe de médias "publics" en une voix partisane en faveur du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), au pouvoir, et de l'idéologie politique de Chávez. Ceci va à l'encontre de tout ce que devraient être la radio et la télévision de service public, selon les normes internationales, et subvertit de manière flagrante le droit des citoyens du Venezuela au pluralisme des sources d'information.

Et bien que nous prenions toute la mesure de l'existence de 265 médias communautaires et du soutien qui leur est apporté, leur travail est entièrement dépendant du gouvernement Chávez, des points de vue financier, idéologique et de la programmation. La majorité de ces médias communautaires sont devenus d'autres outils de propagande, dépourvus d'espace pour un pluralisme des voix ou pour le débat politique qui caractérise les démocraties bien établies.

Le droit fondamental des Vénézuéliens à la liberté d'expression sera également affecté par la décision de Chávez de se retirer de la Convention américaine relative aux droits de l’homme. La décision aura pour effet de placer le Venezuela hors du champ d'application de la Cour interaméricaine des droits de l’homme et de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, qui encadrent la conformité à la convention. La réélection de Chávez signifie que la décision entrera en vigueur dans moins d'un an.

Pourtant, il y a une autre menace à la libre expression, que nous avons constatée dans la décision du gouvernement Chávez, conjointement avec l'administration du Président Rafael Correa de l'Équateur, de jouer de leur influence pour faire adopter des réformes dans le système interaméricain des droits de la personne. Selon la Rapporteure spéciale de l’Organisation des États américains (OEA) pour la liberté d’expression, Catalina Botero, ces mesures pourraient entraîner la détérioration des normes relatives à la liberté d'expression à travers toute l'Amérique latine.

L'IPYS Venezuela constate une intensification des attaques et des menaces contre les journalistes sous le régime de Chávez dans le but de réduire la presse libre au silence, et nous ne nous attendons pas à ce que les choses s'améliorent. Nous avons lancé des avertissements à propos de la censure préalable et indirecte, notamment de l'utilisation de la publicité gouvernementale pour punir les médias critiques ou indépendants. Nous nous battons pour obtenir une loi d'accès à l'information. Et nous voulons la fin du degré élevé d'impunité dans les affaires d'assauts contre les journalistes et les médias.

Peu importe qui est au pouvoir, l'IPYS Venezuela continuera à demander à l'État d'assurer les conditions nécessaires pour que tous les Vénézuéliens exercent sans restrictions leurs droits fondamentaux à la libre expression et à la liberté de la presse.

Marianela Balbi est Directrice générale de l'Instituto Prensa y Sociedad Venezuela, une organisation non gouvernementale, indépendante et sans but lucratif, qui suit de près la situation de la liberté d'expression et de l'information au Venezuela.

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