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Une caricaturiste vénézuélienne est congédiée après la parution d'un dessin politique

À Caracas le 18 septembre 2014, un homme tient un journal et montre un dessin de la caricaturiste Rayma Suprani
À Caracas le 18 septembre 2014, un homme tient un journal et montre un dessin de la caricaturiste Rayma Suprani

REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Le 17 septembre 2014, un dessin de Rayma Suprani, caricaturiste politique vénézuélienne chevronnée, a été publié dans le journal El Universal. Le dessin montrait le tracé régulier d'un électrocardiogramme portant la légende : « C'est la santé ». Au-dessus, on pouvait voir le tracé d'un autre électrocardiogramme, celui d'un cœur à plat, qui imitait la signature de l'ex-président Hugo Chávez, portant la légende « C'est la santé au Venezuela ». Le même jour, Suprani était congédiée, ce qui mettait fin à une carrière de 19 ans au journal.

Le travail de Suprani a suscité de vives réactions dans le passé, dont quelques-unes ont franchi certaines limites pour devenir des tentatives flagrantes pour la réduire au silence. En 2011, elle a reçu des menaces sur twitter en réponse à une caricature dans laquelle elle critiquait le système de télécommunications du Venezuela, et où elle comparait un câble sous-marin à nœud coulant : « Nous allons utiliser cette corde contre vous parce que vous êtes apátrida (non patriote), parce que vous êtes pitiyanqui (aspirant yankee) et déloyale envers le Venezuela ». Elle a toujours refusé de se laisser intimider et de modifier ses dessins ou son message, selon ce que rapporte Espacio Público, groupe membre de l'IFEX.

En novembre 2012, Suprani a été profilée dans la campagne de l'IFEX afin de susciter une prise de conscience sur le problème de l'impunité. Plus tôt cette année, un animateur de la radio l'a accusée d'être une « élitiste et une raciste remplie de haine », après que le journal El Universal eut publié sa caricature critiquant le plan du Président Chávez en matière de logement. Selon le groupe Cartoonists Rights Network International, ces commentaires ont été suivis de menaces de violence, d'expulsion du Venezuela et même de mort.

Jetez un coup d'œil sur l'exposition des œuvres de Suprani qui faisait partie de la campagne 2012 de l'IFEX pour mettre fin à l'impunité :

L'Instituto Prensa y Sociedad du Venezuela a rapporté en mars 2013 que Suprani recevait de nouveau des menaces, une « avalanche de messages textes » visant à discréditer son travail.

À l'époque où ces menaces étaient adressées à Suprani, El Universal était toujours largement considéré comme une publication indépendante favorable à l'opposition. Quand la compagnie espagnole Epalisticia a acheté le journal en juillet 2014, les nouveaux propriétaires ont insisté pour dire qu'ils n'avaient aucun lien avec le gouvernement vénézuélien et qu'ils ne changeraient pas la ligne politique de la rédaction. Le New York Times a rapporté cependant que le rédacteur en chef, Elides Rojas, estimait que les nouveaux propriétaires avaient « des liens avec des gens amis du gouvernement ».

Comme le rapportait en août l'Institut international de la presse (IIP), les nouveaux directeurs du journal ont en fait décidé de modifier la ligne politique de la rédaction, et les conséquences s'en font sentir. Depuis le changement de propriétaires, au moins 18 rédacteurs du El Universal ont été suspendus, et 11 autres ont été « soit congédiés, soit ont pris la décision de partir » après s'être fait signifier que leurs chroniques seraient suspendues à titre temporaire.

Après avoir passé presque deux décennies au journal, la caricaturiste politique Rayma Suprani ajoute maintenant son nom à cette liste d'anciens collaborateurs du journal El Universal. Cependant, comme elle l'a indiqué sur twitter juste après son congédiement, Suprani entend continuer à utiliser son œuvre créatrice pour critiquer les réalités de la société et de la politique vénézuéliennes.



Regardez une vidéo produite par AJ+, qui fait partie du Réseau média de Al Jazeera :

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