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Trois ans et demie de prison pour une écrivaine agressée devenue "agresseur"

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières dénonce la décision des magistrats d'une cour de Hanoi qui ont condamné, le 5 février 2010, à trois ans et demie de prison l'écrivain et militante des droits de l'homme Tran Khai Thanh Thuy. Les accusations portées contre elle et son mari, Do Ba Tan, ont été montées de toutes pièces par la police, comme le démontrent clairement une analyse des preuves utilisées par l'accusation. Tran Khai Thanh Thuy n'a agressé personne, au contraire, elle et son mari ont été victimes de violence de la part des forces de sécurité qui leur rendent la vie impossible depuis plusieurs années.

Le 5 février, une cour de Hanoi a jugé Tran Khai Thanh Thuy pour "coups et blessures" suite à une supposée agression en date du 8 octobre 2009. Ce jour-là, elle s'était rendue à Haïphong (est d'Hanoi) afin d'assister au procès de six militants démocrates. Mais la police l'a bloqué sur la route et la reconduite chez elle dans la capitale. Dans la soirée, deux individus, vraisemblablement des délinquants de mèche avec la police, sont entrés au domicile du couple et ont frappé l'écrivain avec une brique. Blessés, Tran Khai Thanh Thuy et son époux se sont rendus à l'hôpital, où ils ont été interpellés par la police. Le lendemain, les médias d'Etat ont affirmé que Tran Khai Thanh Thuy et Do Ba Tan ont agressé des voisins.

Dans le dossier de la police, on trouve une photo présentée comme celle d'un des voisins blessés par le couple. Mais, l'analyse informatique du cliché montre qu'il remonte à février 2005 et non pas à octobre 2009 comme la police le prétend. L'un des officiers en charge de cette enquête politique, le colonel Vu Cong Long, a monté de toutes pièces des accusations de violences à l'encontre de cette militante connue pour ses écrits. Au lieu de la juger en vertu de l'article 88 qui punit les activités dissidentes, la police a préféré l'accuser de violation de l'article 104 du code pénal.

"A travers ce procès et ce verdict grotesques se cache l'intention des autorités policières de faire taire pendant un long moment une voix critique qui n'a jamais cessé de défendre pacifiquement les droits de l'homme. Face au courage de Tran Khai Thanh Thuy, on trouve le machiavélisme des services de sécurité", a affirmé Reporters sans frontières.

Reporters sans frontières vient d'adresser aux dirigeants de l'Union européenne, notamment Catherine Ashton et la présidence espagnole, un courrier leur demandant de suspendre le dialogue sur les droits de l'homme avec le Viêt-nam, pour protester contre cette série de détention de démocrates. Au moins 21 journalistes et net-citoyens sont emprisonnés au Viêt-nam.

Tran Khai Thanh Thuy a été transférée le 19 octobre 2009 dans la prison de Hoa Lu, près d'Hanoi. Tran Khai Thanh Thuy souffre de diabète et de tuberculose avancée, et s'est vu refuser des soins médicaux par les autorités pénitentiaires. En novembre 2009, Reporters sans frontières avait dénoncé l'attitude criminelle des autorités qui ne faisaient rien pour enrayer la dégradation de l'état de santé de Tran Khai Thanh Thuy.

Tran Khai Thanh Thuy a déjà été emprisonnée en 2007 pour avoir publié, via Internet et la presse dissidente, des articles critiques à l'encontre du gouvernement. Elle a été libérée en février 2008, mais la police politique n'a jamais cessé de la surveiller et de la harceler.

Il y a quelques semaines, une autre femme écrivain, Pham Thanh Nghien, a été condamnée à quatre ans de prison à Haïphong (nord-est). Elle a été reconnue coupable de "propagande" contre le régime, en vertu de l'article 88 du code pénal.

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