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Répression des blogueurs à l'approche du Congrès du Parti communiste

Le blogueur Dieu Cay
Le blogueur Dieu Cay

RSF

La police du Viêt-nam a procédé ces dernières semaines à l'arrestation de blogueurs dans le cadre de ce qui semble être une vague de répression de la dissidence à la veille d'un important Congrès du Parti communiste, selon ce que rapportent Reporters sans frontières (RSF), Human Rights Watch et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Le Viêt-nam, qui compte en tout 17 cyberdissidents en prison, est le deuxième en importance des geôliers de cyberdissidents dans le monde, après la Chine, indique RSF.

La chroniqueuse à potins Le Nguyen Huong Tra, bien connue dans la blogosphère vietnamienne sous le pseudonyme de Co Gai Do Long, a été arrêtée à Ho Chi Minh Ville le 23 octobre parce qu'elle aurait diffamé un cadre supérieur du Parti communiste et sa famille. Elle affirmait dans un propos paru récemment sur son blogue que le cadre supérieur en question avait accordé des faveurs à une reine de beauté et à d'autres participantes parce qu'elles étaient les maîtresses de son fils. En cas de culpabilité, Tra est passible de sept ans de prison.

Le blogueur Phan Thanh Hai, connu sous le pseudonyme de Anh Ba Saigon, a aussi été arrêté le mois dernier après une descente de la police à son domicile de Ho Chi Minh Ville, et risque une peine de quatre mois de prison pour « propagande contre l'État », dit RSF. Il avait demandé sur son blogue que le Viêt-nam confronte la Chine sur des litiges territoriaux et au sujet d'un projet controversé d'exploitation d'une mine de bauxite. Il s'est aussi exprimé en faveur d'autres dissidents vietnamiens.

Par ailleurs, la police détient toujours le blogueur et militant Nguyen Hoang Hai, mieux connu sous le nom de Dieu Cay, même s'il a purgé sa peine de 30 mois de prison sur la foi d'« accusations bidon », indique Human Rights Watch. Dieu Cay, qui préside le Réseau libre des journalistes du Viêt-nam (Free Journalist Network in Vietnam, FJNV), a été inculpé d'évasion fiscale et condamné à deux ans et demi de prison après avoir encouragé les gens à boycotter le relais de la flamme olympique en 2008. Il était sous étroite surveillance policière depuis qu'il avait protesté contre la prétention de souveraineté de la Chine sur les îles Spratly et Paracel.

Selon RSF, on assiste également à une accentuation de la censure des sites web critiques à l'égard du gouvernement, et les blogueurs ont été avertis de n'écrire que sur des sujets de nature personnelle.

D'après le « Washington Post », les analystes sont divisés quant à savoir si les arrestations récentes reflètent une lutte interne au sein du Parti communiste vietnamien entre ceux qui veulent se rapprocher des États-Unis et ceux qui veulent maintenir les vieilles allégeances avec leur agressive partenaire, la Chine.

« Ainsi donc, tandis que des rencontres importantes avec des officiels américains sont sur le point d'avoir lieu, les services de sécurité vietnamiens entament souvent des vagues de répression contre la dissidence, ce qui en général fait du tort aux politiciens pro-américains », dit le « Post ». La Secrétaire d'État Hillary Clinton s'est rendue au Viêt-nam fin octobre pour un sommet régional. D'après l'AFP, Clinton a déclaré que les États-Unis sont préoccupés par les arrestations et les condamnations des personnes qui expriment leur dissidence de manière non violente, par les attaques contre les groupes religieux et par les limites imposées à la liberté sur Internet.

Selon d'autres analystes, ces mesures s'inscrivent dans une répression qui a commencé il y a plus d'un an, tandis que le Parti communiste du Viêt-nam s'apprête à tenir en janvier son premier congrès en cinq ans.

« Le gouvernement du Viêt-nam monte de toutes pièces des accusations et se donne sans vergogne des raisons pour garder derrière les barreaux des critiques non violents comme Dieu Cay », dit Human Rights Watch. « La répression qui s'abat à la veille du Congrès prend de l'ampleur et vise les critiques du gouvernement. »

Au Congrès, les dirigeants du parti seront choisis par un processus secret et vont décider du parcours qu'empruntera le pays au cours des cinq prochaines années.

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