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À la veille du congrès du Parti, les autorités mettent au pas la dissidence

Le blogueur Dieu Cay est toujours incarcéré, en dépit du fait qu’il a purgé sa peine de 30 mois de prison.
Le blogueur Dieu Cay est toujours incarcéré, en dépit du fait qu’il a purgé sa peine de 30 mois de prison.

Quelques jours avant l'ouverture du Congrès du Parti communiste, le Viêt-nam a émis un nouveau décret qui confère aux autorités des pouvoirs plus étendus pour pénaliser les journalistes, les rédacteurs et les blogueurs qui couvrent les questions réputées délicates pour la sécurité nationale, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Les membres de l'IFEX affirment qu'il ne s'agit que du dernier des nombreux contrôles contre la dissidence mis en place avant le congrès qui doit durer une semaine, et qui a ouvert ses travaux le 12 janvier.

« En dernière analyse, ce nouveau décret vise à accroître le contrôle du gouvernement sur les médias du Viêt-nam, qui sont déjà sur-réglementés et fortement réprimés », dit le CPJ. « La terminologie du décret est trop large et représente le dernier exercice du pouvoir par le gouvernement au moyen de justifications législatives pour limiter la liberté de la presse, y compris sur Internet. »

Le décret de 44 pages, qui doit entrer en vigueur le 25 février, passe brièvement en revue les nouvelles amendes prévues pour les journalistes qui publient des articles sous des pseudonymes ou qui refusent de divulguer leurs sources. Selon le CPJ, le décret vise particulièrement la blogosphère qui commence à exister dans le pays, où de nombreux blogueurs publient sous un pseudonyme pour éviter de possibles représailles du gouvernement.

Le décret établit en outre de nettes distinctions entre les droits des journalistes accrédités par le gouvernement et les blogueurs indépendants, les reporters en ligne et les pigistes, dit le CPJ.

D'après Human Rights Watch, on a assisté à une « poussée dramatique de la répression » dans les jours qui ont précédé l'ouverture du congrès, réunion clé qui détermine la direction du parti au cours d'un processus secret, et qui définit l'orientation du pays pour les cinq années à venir.

Dans une autre directive datée du 30 décembre, par exemple, le Premier ministre Nguyen Tan Dung a déclaré que « le gouvernement, à tous les paliers, doit se concentrer sur le traitement efficace de toutes les questions compliquées et délicates liées aux minorités ethniques, à la religion et aux grands groupes de requérants… ne permettez à rien de compliqué d'arriver pour que des forces hostiles puissent déformer la situation et attiser la résistance. »

De plus, dit Human Rights Watch, on assiste à un « flux constant » de procès politiques et d'arrestations de dizaines d'activistes de la démocratie, d'écrivains indépendants, de critiques en ligne et de membres de groupes religieux non approuvés. Plus de 400 personnes sont en prison à l'heure actuelle au Viêt-nam parce qu'elles ont exercé leurs droits fondamentaux.

Selon Reporters sans frontières (RSF), le Viêt-nam arrive au deuxième rang dans le monde pour ce qui est des pays qui emprisonnent le plus de cyberdissidents, après la Chine - 16 personnes sont incarcérées à l'heure actuelle. En outre, trois journalistes - Tran Khai Thanh Thuy, Truong Minh Duc et Nguyen Van Ly - sont toujours en prison au Viêt-nam.

Dans le plus pur style orwellien, dit Human Rights Watch, un grand nombre d'activistes sont emprisonnés aux termes du code pénal pour « avoir abusé des libertés démocratiques » de parole, d'assemblée et d'association dans le but de « nuire aux intérêts de l'État ».

Dans une affaire bien connue, la police continue de détenir le blogueur et activiste Nguyen Hoang Hai, mieux connu sous le nom de Dieu Cay, même s'il a purgé sa peine de 30 mois pour des accusations « bidons », dit Human Rights Watch. Dieu Cay, président du Réseau libre des journalistes du Viêt-nam (Free Journalist Network in Vietnam, FJNV), a été inculpé d'évasion fiscale et condamné à deux ans et demi de prison après avoir encouragé les gens à boycotter le relais du flambeau olympique en 2008. Il était soumis à une étroite surveillance policière depuis qu'il avait protesté contre la revendication de souveraineté de la Chine sur les îles contestées de Spratly et de Paracel.

Dans une autre affaire, le blogueur franco-vietnamien Pham Minh Hoang a été détenu le 13 août puis inculpé de se livrer à des activités visant à renverser le gouvernement et d'appartenir au Viet Tan, un parti d'opposition. Les autorités l'accusent d'avoir publié sur son blogue (http://www.pkquoc.multiply.com) 30 articles critiques sous le pseudonyme de Phan Kien Quoc, et d'avoir organisé une réunion d'étudiants dans le but de recruter des membres pour le Viet Tan. Son épouse affirme qu'il a été arrêté uniquement à cause de son opposition aux plans d'exploitation d'une mine de bauxite dans la région des hauts plateaux du centre du Viêt-nam.

« Les mesures de répression contre les critiques non violents du gouvernement ne constituent rien de nouveau au Viêt-nam », dit Human Rights Watch. « On applique constamment un collier d'étranglement dans la répression politique, un collier qui se resserre à la veille de tout événement majeur. »

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