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Un éditeur primé est arrêté

Bui Chat (à droite), reçoit le Prix international de la Liberté de publier décerné par l’UIE en avril 2011 à Buenos Aires
Bui Chat (à droite), reçoit le Prix international de la Liberté de publier décerné par l’UIE en avril 2011 à Buenos Aires

L'éditeur vietnamien clandestin Bui Chat se trouvait à Buenos Aires la semaine dernière pour recevoir une récompense décernée par l'Union internationale des éditeurs (UIE) pour son « courage dans la préservation de la liberté de publier ». Lorsqu'il est rentré chez lui, les autorités vietnamiennes ont fêté sa récompense en la confisquant, en fouillant son domicile et en l'arrêtant, rapportent l'UIE et Reporters sans frontières (RSF).

Bui Chat, qui est à la tête de la maison d'édition Giay Vun, a depuis été relâché, mais il reste en surveillance et susceptible d'être interrogé de nouveau par les autorités. Il risque en outre de passer un an en détention pour « fins d'enquête » avant que des accusations ne soient portées officiellement contre lui, dit l'UIE.

Par ailleurs, le cofondateur de Giay Vun, le poète Ly Doi, a lui aussi reçu l'ordre de se présenter pour être interrogé. D'après l'UIE, les deux hommes ont été évincés de l'appartement qu'ils louaient. Le propriétaire aurait déclaré avoir subi des pressions de la police locale pour qu'il les expulse.

« Les autorités vietnamiennes n'ont pas motivé l'arrestation de l'éditeur. Celle-ci semble directement liée au prix qui lui a été accordé », dit RSF. « Alors que le Viêtnam affirme avoir fait de nets progrès dans le domaine des droits de l'homme, journalistes, net‑citoyens et maintenant éditeurs continuent d'être jetés en prison s'ils osent défier le gouvernement en relayant les voix dissidentes. »

L'UIE assure la liaison avec les autorités pertinentes afin de faciliter la remise en liberté définitive et permanente de Bui Chat, et presse les autres gouvernements et défenseurs des droits de se joindre à elle.

L'UIE qualifie Chat de « courageux éditeur clandestin » qui se consacre à publier les travaux des « poètes du pavé » et qui contribue à créer un mouvement d'édition indépendant.

« Dans des conditions extrêmement difficiles, la maison d'édition Giay Vun a entrepris un nouveau mouvement de libres penseurs, d'écrivains libres, d'artistes libres qui refusent de se conformer aux règles de l'État en matière de création », dit Bjorn Smith-Simonsen, qui préside le Comité de l'UIE pour la Liberté de publier. « Cela contribue à abattre les barrières de la censure. »

Selon le groupe Human Rights Watch, on assiste à « une suite ininterrompue » de procès politiques et d'arrestations de dizaines de militants de la démocratie, d'écrivains indépendants, de critiques en ligne et de membres de groupes religieux non approuvés. À l'heure actuelle, plus de 400 personnes sont incarcérées au Viêt-nam pour avoir exercé leurs droits fondamentaux.

Et d'après RSF, le Viêt-nam est, après la Chine, le pire geôlier de cyber-dissidents - 17 d'entre eux sont actuellement derrière les barreaux. Rien que la semaine dernière, le militant de la démocratie et commentateur en ligne Vi Duc Hoi s'est vu décerner une peine de cinq ans de prison pour avoir affiché sur Internet des appels à des réformes démocratiques.

En recevant sa récompense à Buenos Aires, Bui Chat a dit espérer que cela allait favoriser le mouvement indépendant d'édition et la société civile au Viêt-nam.

« Les livres ont le pouvoir de porter la liberté dans le monde, a-t-il fait remarquer : liberté pour ceux qui publient les livres, pour ceux qui les lisent, et pour ceux qui discutent de ce que les livres leur apportent. »

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