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PROFIL

Profil de Nguyen Ngoc Nhu Quynh

Une blogueuse politique dans un pays où les blogs politiques sont interdits, Nguyen Ngoc Nhu Quynh a été emprisonnée pour son dévouement à dire la vérité.

Facebook / Nguyen Ngoc Nhu Quynh

« À l'intérieur du Vietnam, nous avons un réseau pour lutter pour la liberté d'expression et essayer de répandre la vérité dans le monde ».


Nguyen Ngoc Nhu Quynh dans une interview de 2015

Nguyen Ngoc Nhu Quynh, connu en ligne sous le pseudonyme de Me Nam (Mother Mushroom), est l'un des blogueurs dissidents les plus connus du Vietnam. Le 29 juin 2017, elle a été condamnée - en vertu de l'article 88 du Code pénal - pour avoir « mené une propagande contre la République socialiste du Vietnam » et a écopé d'une peine d'emprisonnement de dix ans. Son procès n'a duré qu'un seul jour. Elle a été détenue à l’isolement depuis le 10 octobre 2016.

Quynh, dont le nom en ligne provient du surnom de sa plus jeune fille (Mushroom), blogue depuis 2006. Elle écrit sur les injustices sociales au Vietnam, les problèmes politiques et environnementaux, et elle est également l'un des cofondateurs du Réseau Vietnamien des Blogueurs. Quynh publie à la fois sur son propre blog et sur les plateformes en exil tel que Dan Lam Bao. Elle a reçu de nombreux prix pour son travail, y compris le Prix Hellman / Hammett en 2010, le Prix 2015 du Défenseurs des droits civils de l'année et le Prix international des Femmes Courageuses en 2017.

Le travail de Quynh est d'une importance vitale au Vietnam, où les médias sont étroitement contrôlés et la dissidence politique n'est pas tolérée. Internet lui donne à elle (et à d'autres dissidents) la seule plateforme efficace pour contourner la censure de l'État et communiquer les critiques contre le gouvernement directement au public.

Ce n'est pas surprenant donc que le gouvernement autoritaire du Vietnam travaille dur pour restreindre la liberté d'Internet. Le ministère de la Sécurité publique dispose d'une unité consacrée uniquement à la surveillance d’Internet qui cherche, par un mélange subtile de surveillance et de réglementation, à contrôler les activités en ligne des citoyens du Vietnam. Le gouvernement a mis sur pieds un certain nombre de règlements limitant la liberté d'expression en ligne, dont la circulaire No 7 de 2008 du ministère de l'information (qui interdit aux blogueurs de publier sur la politique, les secrets d'états et la sécurité nationale) et l'ordre de 2010 d'installer un logiciel de surveillance d'Internet dans les ordinateurs de tous les cybercafés de Hanoi. En outre, toute personne fréquentant un cybercafé doit fournir une pièce d'identité avec photo et ses activités en ligne doivent être enregistrées par le propriétaire du cybercafé.

Avant son arrestation en 2016, les autorités vietnamiennes avaient harcelé Quynh pendant des années: à diverses reprises, elle avait été agressée, menacée et empêchée de voyager à cause de son blog. En 2009, après avoir publié un post critiquant la politique étrangère du gouvernement concernant un conflit territorial avec la Chine, elle a été placée en détention et interrogée pendant neuf jours. Elle a également été pressée de fermer son blog. Après sa libération, Quynh a été soumise à une surveillance hautement intrusive par les autorités.

Cette surveillance faisait partie d'un plan d’attaque à deux volets que le gouvernement avait lancé contre les blogueurs et les militants d'Internet (au pays et en exil) en 2010. La stratégie combinait des techniques d'intimidation à l'ancienne - au moins sept blogueurs ont été détenus au cours des deux premiers mois de cette campagne - avec des tactiques numériques du 21ème siècle. Ces dernières incluaient des cyber-attaques sur des blogs critiques et l'utilisation de logiciels malveillants pour infecter et surveiller les ordinateurs de blogueurs dissidents. Les autorités ont également utilisé ces ordinateurs infectés pour lancer des attaques dites déni-de-service distribué (DDoS) sur d'autres machines. Neel Mehta, blogueur pour l'équipe de sécurité de Google, a estimé que des dizaines de milliers d'ordinateurs auraient pu être affectés.

Au moment de son arrestation de 2016, Quynh visitait le militant emprisonné Nguyen Huu Quoc Duy. La police aurait contraint Quynh à entrer dans une voiture et l'aurait conduite chez elle. Là-bas, ils ont confisqué son téléphone portable, son matériel informatique et ses pancartes dénonçant un déversement récent de déchets toxiques. Elle a ensuite été transférée dans un centre de détention de la police, au motif de « mener une propagande » et fut détenue au secret, sans accès à son avocat, jusqu'à neuf jours avant son procès en juin 2017.

La nouvelle de l'arrestation avait indigné la communauté internationale des défenseurs des droits. En quelques jours, le Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a demandé que les accusations soient abandonnées et que Quynh soit libérée. En mars 2017, cinq Rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont publié un communiqué conjoint condamnant les accusations et les conditions difficiles dans lesquelles était détenue la blogueuse.

Juste quelques jours avant le procès de Quynh, sa mère a déclaré qu'en plus d'avoir été empêchée de rendre visite à sa fille en prison, elle aussi avait fait l'objet d'une surveillance.

Nguyen Ngoc Nhu Quynh a beaucoup de résilience. Là où d'autres auraient cédé sous la pression des autorités, elle a refusé d'être réduite au silence. Comme le montre une interview de 2015, ses motivations et sa prise de conscience des risques ont toujours été claires:

« Le rôle du Réseau des blogueurs vietnamiens est d'essayez de connecter tous les blogueurs afin que nous puissions nous protéger nous-mêmes et élever nos voix ensemble. Cela signifie qu'à l'intérieur du Vietnam, nous avons un réseau pour lutter pour la liberté d'expression et essayer de répandre la vérité dans le monde. Je pense que je mets ma famille et mes voisins dans une situation [difficile] lorsque j'élève ma voix. Les gens me demandent, 'Pourquoi faites-vous cela? Pourquoi ne vous taisez-vous pas comme les autres et ne vivez-vous pas une vie normale'? [Nous] avons un rôle: dire la vérité ... Je fais cela pour l'avenir de mes enfants ».

Selon son avocat, Quynh avait 15 jours, à compter de la date de sa condamnation du 29 juin, pour faire appel.

Dernière mise à jour: 30 juin 2017

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