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La liberté de l'information frappée par le virus Ebola en Afrique de l'Ouest

Des échantillons de sang de patients soupçonnés d'avoir l'Ebola sont préparés pour le transport à Freetown, le 27 septembre 2014
Des échantillons de sang de patients soupçonnés d'avoir l'Ebola sont préparés pour le transport à Freetown, le 27 septembre 2014

REUTERS/Christopher Black/WHO/Handout via Reuters

Confrontés à l'épidémie d'Ebola, certains Etats ont mis la presse en quarantaine allant même jusqu'à interdire aux journalistes de traiter le sujet. Pourtant, dans ce contexte de crise sanitaire sans précédent, un journalisme responsable et citoyen est plus que jamais nécessaire pour aider à endiguer l'épidémie.

Dans les pays d'Afrique de l'Ouest où sévit l'épidémie d'Ebola, les médias font les frais de la panique générale.

En Guinée, le week-end du 4 octobre 2014, des journalistes et avocats ont été empêchés par les forces de l'ordre d'atteindre un village de la préfecture de N'Zérékoré où huit personnes d'une délégation de sensibilisation à Ebola, dont trois journalistes, avaient été violemment assassinées le 18 septembre. Le groupe était venu enquêter sur les circonstances de leur mort. Bien que ses membres disposaient d'autorisations officielles, leur matériel leur a été confisqué, et d'après RFI, des enregistrements et photographies ont été effacés. L'armée contrôle désormais la zone du massacre et interdit à quiconque d'y pénétrer, même muni d'ordres de mission signés par les autorités – révélant ainsi les incohérences au sein des services de l'Etat qui rendent la lutte contre Ebola d'autant plus difficile.

Quelques jours plus tôt, au Libéria, les autorités sanitaires ont annoncé de nouvelles mesures visant à restreindre la diffusion d'informations sur l'épidémie. Les journalistes doivent désormais obtenir une autorisation officielle du ministère de la Santé pour réaliser des interviews ou prendre des photos à l'intérieur des hôpitaux. Plus grave encore, le personnel médical a interdiction de communiquer directement avec les médias. Dans la foulée, le ministre de l'Information a resserré l'étau sur les journalistes, s'octroyant le rôle de les accréditer, une responsabilité assumée jusqu'alors par le syndicat de la presse, en application des standards internationaux, notamment de la déclaration de la Montagne de la Table, signée en juillet 2012 par la présidente Elaine Johnson Sirleaf.

Ce n'est pas la première fois depuis le début de la crise sanitaire que les journalistes libériens voient leur liberté ainsi restreinte. Le 11 août, Henry Karmo, journaliste pour le quotidien indépendant FrontPage Africa, avait été arrêté alors qu'il couvrait une manifestation contre l'état d'urgence qui empêchait les journalistes de circuler la nuit. Quelques semaines plus tard, c'était au tour d'Helen G. Nah, éditrice du journal Women Voices Newspaper, d'être inquiétée pour avoir publié un article sur le détournement de l'argent destiné à la lutte contre Ebola.

Les autorités libériennes ne sont pas les seules à craindre pour leur réputation : en Sierra Leone, le Parlement a menacé de prendre des mesures sévères contre les médias qui oseraient critiquer la gestion des fonds dédiés à la crise sanitaire.

Au Sénégal également, les journalistes ont intérêt à se tenir à carreau, particulièrement depuis que Félix N'Zalé, directeur de publication de La Tribune, a été condamné à une peine disproportionnée d'un an de prison avec sursis et un million de francs CFA d'amende, pour avoir diffusé une fausse information annonçant des cas d'Ebola dans le pays. S'il est crucial que les journalistes ne participent pas à la diffusion de fausses rumeurs, la sévérité de la peine constitue une mise en garde certaine pour l'ensemble de la presse sénégalaise qui n'a d'ailleurs depuis plus été inquiétée.

L'information sur l'épidémie Ebola est même soumise à des restrictions dans les pays que le virus n'a pas affectés. Au Soudan, par exemple, le gouvernement a interdit aux médias d'aborder le sujet.

La responsabilité des médias engagée

La gravité et le nombre de ces violations ne doivent toutefois pas empêcher de souligner d'occasionnels succès. Selon IRIN, le Nigéria – un pays qui, d'ordinaire, ne brille pas par son respect des droits des journalistes et dans lequel un journaliste avait tout de même été arrêté en août pour avoir écrit sur l'épidémie – s'est par la suite nettement démarqué de ses voisins par sa bonne utilisation de l'information dans la lutte contre l'épidémie, notamment la mise à contribution des réseaux sociaux.

« La peur initiale des autorités face à l'ampleur de la maladie a généré des comportements contre-productifs de censure envers la presse, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique chez Reporters sans frontières. Il est maintenant important que médias et gouvernements, chacun dans leur domaine, endossent leurs responsabilités avec professionnalisme afin de venir à bout de cette épidémie. Cette crise ne doit pas favoriser un retour en arrière, après des décennies de lutte pour la liberté d'information, mais être vu comme une opportunité pour les gouvernements des pays touchés de renforcer leur collaboration avec les médias et promouvoir un journalisme responsable. Nous appelons ces gouvernements à ne pas céder à la panique qui pourrait les faire revenir sur des acquis démocratiques qui ont mis des années à s'installer ».

Il faut reconnaître toutefois que les dérives se situent aussi du côté des médias. Fréquemment, les journalistes versent dans le sensationnalisme, diffusant parfois de fausses nouvelles. Au Nigéria, plusieurs médias ont ainsi affirmé que le virus Ebola pouvait être évité en buvant une grande quantité d'eau salée. La rumeur a pris une ampleur telle que le ministre de l'Information a dû la démentir.

La Fédération mondiale des journalistes scientifiques, dans son communiqué du 17 septembre, a souligné la « nécessité urgente de combler les lacunes en matière de communication entre les scientifiques, les journalistes et les collectivités ». Médecins sans frontières (MSF) et RFI ont démontré la possibilité de collaborations entre acteurs de la santé et journalistes : dans les pays touchés par Ebola, la radio internationale diffuse désormais des messages d'informations réalisés en collaboration avec MSF.

Le Sénégal, la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée, le Nigeria et le Soudan occupent respectivement les 62ème, 72ème, 89ème, 102ème, 112ème et 172ème places dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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