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Descente de la police dans un journal : trois blessés

Le Yémen du Nord s'est joint au Yémen du Sud en 1990 pour devenir le Yémen unifié
Le Yémen du Nord s'est joint au Yémen du Sud en 1990 pour devenir le Yémen unifié

Ce matin (13 mai) la police a encerclé les bureaux du principal quotidien indépendant du Yémen puis a ouvert le feu. Ce quotidien devient le dernier en date à être la cible de la répression gouvernementale des médias, selon ce que rapportent le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI), ARTICLE 19, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et d'autres groupes membres de l'IFEX.

Le gouvernement accuse les médias d'avoir fomenté l'agitation qui règne dans le sud du pays, où l'armée se mesure à un groupe d'opposition, le Mouvement du Sud (Southern Movement). Irritée, semble-t-il, par la couverture offerte par le journal « Al-Ayyam » du conflit et par son refus de suivre la ligne officielle, la police a encerclé les bureaux du journal à Aden le 13 mai et a ouvert le feu, faisant trois blessés parmi les employés.

Les coups de feu font suite à une campagne de harcèlement soutenu de la part de la police depuis le début de mai, quand la police a fait le siège des bureaux, empêchant la distribution des 70 000 exemplaires du journal et procédant à la fouille des employés. Le journal n'a pas repris depuis.

Des dizaines de personnes se sont rassemblées le 4 mai devant les bureaux assiégés du journal pour protester contre l'action du gouvernement, la police finissant par disperser les manifestants, selon ce que rapporte le site web de « Al-Ayyam ». Le 6 mai, les autorités ont fermé le site web.

Des poursuites judiciaires ont été intentées contre le personnel de « Al-Ayyam » ; les autorités ont, à plusieurs reprises, confisqué et incendié des exemplaires du journal, et harcelé les chauffeurs des camions de distribution du journal, dit ARTICLE 19. Les employés reçoivent en outre des appels téléphoniques et des notes de menaces.

« Cela pourrait être mon dernier appel téléphonique », a dit à ARTICLE 19 Bashraheel Bashraheel, directeur général d'« Al-Ayyam ». « J'en appelle à tous les défenseurs de la liberté pour qu'ils nous appuient et nous aident à faire lever le siège. »

Selon Bashraheel, depuis l'instauration de ces mesures, « Al-Ayyam » a accumulé des pertes qui s'établissent 400 000 $US.

D'autres journaux subissent le harcèlement du gouvernement. La semaine dernière, les autorités ont empêché la vente de sept autres journaux - « Al-Masdar », « Al-Wattani », « Al-Diyar », « Al-Mustaqila », « Al-Nida », « Al-Share » et « Al-Ahali » - pour empêcher la couverture du conflit qui fait rage dans le sud. D'après le ministre de l'Information Hassan Ahmed, les journaux avaient publié des matériaux contraires à l'unité nationale et aux intérêts du pays, et qui « répandaient la haine et l'hostilité envers le peuple uni du Yémen ».

La campagne de la police contre la presse et les journalistes du Yémen est survenue quelques jours après que le président Ali Abdullah Saleh eut exhalé sa colère contre ce qu'il a décrit comme « les séparatistes du sud ».

« Il se déroule une intense et dangereuse campagne d'incitation contre les journaux indépendants », a déclaré au CPJ Sami Ghali, rédacteur en chef de « Al-Nida ». « Les imams des mosquées du Yémen ont reçu pour instruction de saluer la décision du gouvernement de suspendre les journaux. »

Dans un incident distinct, le 4 mai, des officiers de la sécurité ont arrêté Fouad Rachid, propriétaire et éditeur du site web Al-Mukalla Press, lors d'un raid à Mukalla, dans la province d'Hadramoot, et l'ont emmené en un lieu inconnu. Le site web avait couvert les récents affrontements. Le blogueur Yahya Barnahfud a été arrêté le 10 mai.

Dans un autre rebondissement troublant, le CPJ rapporte que les autorités ont annoncé la mise sur pied d'un tribunal spécial chargé d'entendre les délits des médias et de presse, en dépit des protestations des journalistes et des défenseurs des droits de la personne. Le ministre de la Justice Ghazi Shayef Al-Aghbari a déclaré que la décision de créer cette « cour spéciale de presse » était « non motivée politiquement, mais purement professionnelle ».

D'après le CPJ, un journaliste indépendant qui subit à répétition le harcèlement judiciaire et l'emprisonnement, Abdel Karim al-Khaiwani, voit dans ce tribunal un « immense pas en arrière » et une « violation flagrante de la constitution et du droit international ».

Arafat Mudabish, rédacteur en chef du site web de nouvelles Al Tagheer, a déclaré que des journalistes et des militants en vue au Yémen considèrent la mesure de confiscation et les tactiques de harcèlement contre tous les médias comme un « massacre sans précédent » du journalisme au Yémen.

« La seule solution aux problèmes du Sud consiste à dialoguer et à régler la source des problèmes, non à museler la presse et à terroriser les journalistes », dit l'ANHRI.

Des groupes insatisfaits dans le sud du pays accusent de plus en plus les autorités de marginaliser la région, qui s'est rattachée au nord en 1990. Depuis le début avril des affrontements armés se déroulent sporadiquement dans le sud du pays entre forces gouvernementales et protestataires armés, notamment une manifestation de protestation le 27 avril à Sana'a pour marquer l'anniversaire du soulèvement raté de 1994 contre le gouvernement. Au moins 14 personnes, soldats et civils yéménites, ont été tuées la semaine dernière dans ces affrontements, selon ce que rapporte l'Associated Press.

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