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Un journaliste derrière les barreaux, deux autres libérés alors que la pression continue contre les médias indépendants

(RSF/IFEX) - Le 11 mai 2010 - Alors que Hani Bashraheel, rédacteur en chef du quotidien Al-Ayyam arrêté le 6 janvier 2010, a été libéré le 9 mai, et que le journaliste Moaz Ashhabi, condamné à un an de prison le 16 janvier dernier, a été libéré le 10 mai, une pression extrêmement forte continue d'être exercée à l'encontre des journalistes indépendants et d'opposition au Yémen. Le journaliste Hossein Al-Leswas a été condamné à un an de prison ferme le 2 mai dernier, et de nombreux procès devraient s'ouvrir dans les semaines à venir.

Condamnation d'un journaliste à un an de prison ferme

Le 2 mai dernier, Hossein Al-Leswas, ancien directeur de publication du site Sanaa Press ( http://sanaapress.net/ ) et propriétaire du journal Al-Tajdid, a été condamné à un an de prison ferme par le tribunal en charge de juger les délits de presse et de publication de Sanaa, présidé par le juge Mansour Al-Sha'e. Interdit d'exercer sa profession de journaliste pendant un an également, Hossein Al-Leswas a été immédiatement incarcéré à la prison centrale de Sanaa. Son procès en appel qui devait se tenir le 8 mai dernier a été reporté à une date ultérieure.

Ce journaliste, spécialisé dans les affaires de corruption, était poursuivi pour ses articles dénonçant la corruption au sein de l'entreprise d'électricité de la province d'Al-Bayda. Le directeur de l'entreprise d'électricité et le gouverneur de la province avaient alors porté plainte. Disant posséder des documents prouvant la véracité de ce qu'il avait publié, Hossein Al-Leswas avait demandé au juge que les deux hommes soient également convoqués. Le juge a refusé en expliquant que le tribunal est spécialisé dans les délits de presse. Aucune enquête n'a été ouverte par les autorités sur les faits de corruption qu'il avait dénoncés. En janvier 2009, Hossein Al-Leswas avait été agressé par des gardes du corps du gouverneur de la province d'Al-Bayda suite à un article démontrant l'implication du gouverneur dans des affaires de corruption.

Le 3 mai 2010, les services de renseignements ont arrêté Abdelsalam Moutabaq, directeur de publication du site d'informations Al-Bayda Press pour avoir appelé à la libération du journaliste Hossein Al-Leswas. Incarcéré à la prison des Moukhabarat, il a été transféré à la prison centrale d'Al-Bayda.

Les procès passés et à venir

Le 18 mai devrait s'ouvrir le procès de l'hebdomadaire indépendant Al-Masdar. Dans cette affaire cinq journalistes, Samir Jubran (directeur de publication du journal), Sami Al-Kaf, Abdelrazeq Al-Jamal, Abelmalek Al-Mathil et Mohammed Al-'Ala'i, sont poursuivis pour trouble à la paix publique, incitation au régionalisme et menace à l'unité nationale.

Reporters sans frontières rappelle que le 31 octobre 2009, le tribunal spécialisé dans les délits de la presse avait condamné Munir Al-Mawari, journaliste d'Al-Masdar, à deux ans de prison ferme pour "diffamation" à l'égard du président de la République, suite à la publication, en mai 2009, d'un article intitulé "Arme de destruction massive", dans lequel Munir Al-Mawari critiquait la conduite de la guerre contre les rebelles chiites dans le nord du pays. Le journaliste s'était vu également interdire d'exercer à vie son métier de journaliste. Le directeur du journal, Samir Jubran, avait, quant à lui, été condamné dans la même affaire à un an de prison avec sursis, et à un an d'interdiction d'exercer sa profession.

Fakri Qassem, directeur de publication du journal Hadith Al-Madena ( http://h-almadena.net/ ) publié à Taez, n'a pas assisté à l'audience qui le concernait le 27 avril dernier. Considéré comme fuyant la justice, le tribunal l'a contraint, par envoi d'ordonnance, à y assister. On ignore les raisons pour lesquelles ce journaliste est aujourd'hui poursuivi.

Le 27 avril 2010, le juge a décidé du report, au 25 mai 2010, du procès de l'artiste Fahed Al-Qarni, poursuivi pour insulte au Président. Il est jugé devant deux tribunaux, dans deux gouvernorats différents. Devant la première affaire, il est poursuivi, par le ministère de la Culture, devant un tribunal de Sanaa pour avoir enregistré des chansons satiriques. Le ministère de la Culture considère que l'artiste n'avait pas les autorisations pour enregistrer et distribuer de telles cassettes qui ont été confisquées. La seconde affaire concerne une pièce de théâtre. Il est poursuivi par un tribunal de Taez pour "insulte au chef de l'État". Fahed Al-Qarni avait été condamné, le 9 septembre 2008, à une peine de 18 mois de prison ferme et à 500 000 rials d'amende, avant d'être gracié par le Président lui-même. Mais cela n'a pas empêché les autorités de rouvrir le dossier, comme ils l'avaient fait avec le journaliste Abdelkarim Al-Khaiwani.

Le journal Al-Tajamu' est quant à lui poursuivi pour incitation au régionalisme et menace à l'unité nationale.

Reporters sans frontières rappelle que le procès du journaliste Mohamed Al-Maqalih, rédacteur en chef du site d'informations du Parti socialiste d'opposition, Al-Eshteraki, a été reporté, le 18 avril dernier, à une date indéterminée. Le 23 mai prochain s'ouvrira le procès de Fouad Rashid, directeur de publication du site Al-Mukalla Press, arrêté le 4 mai 2009, de Salah Al-Saqladi directeur du site Adengulf-website, arrêté le 18 juin 2009 à son domicile à Aden et du militant Ahmed Al-Rabizi, arrêté par les forces de sécurité à Aden le 12 mai 2009.

Agression d'un correspondant d'Al-Jazeera

Le 27 avril 2010, les forces de sécurité ont confisqué la caméra, les cassettes vidéo et le téléphone portable de Faysal Moubarak, correspondant de la chaîne Al-Jazeera dans la province d'Abyân (sud-est de Sanaa), alors qu'il couvrait, dans la ville de Lawdar, les manifestations commémorant la guerre de 1994. Le journaliste a été détenu pendant quelques heures à la prison centrale de Zinjubar avant d'être relâché.

Reporters sans frontières rappelle que le président du Yémen, Ali Abdullah Saleh, figure depuis cette année sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse, rendue publique à l'occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse le 3 mai dernier.
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